Le théâtre se met en abîme avec virtuosité au Vitez

Mise en abîmeVu par Zibeline

• 8 avril 2015 •
Le théâtre se met en abîme avec virtuosité au Vitez - Zibeline

« Et dire que c’est parce qu’il a fait une formation de coiffeur de plateau après celle de théâtre à l’université d’Aix-Marseille que les Bernardines lui ont demandé d’écrire quelque chose où il devait coiffer une comédienne sur scène!!! » sourit encore Danielle Bré, directrice du théâtre Vitez, qui pour la deuxième année programme la pièce de Geoffrey Coppini, Autopsie. ‘Vue par soi-même’ ou examen du cadavre ?… de part et d’autre de la scène, un piano et une table destinée à l’autopsie. Corps immobile, tel un costume endossé par les personnages, Phèdre, Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s, héroïne d’Hitchcock… La comédienne (Irina Solano) endosse tous les rôles, devient toutes les femmes, se rêve Hedda Gabler, cette Emma Bovary d’Ibsen (épouse de Tesman, (Ah ! ‘Tesman, Tesman !’) professeur d’université sans grande envergure, déçue par son ancien amant Lovborg, elle se suicide, tant ses espoirs fantasques sont incompatibles avec la réalité bourgeoise dans laquelle elle évolue). Répétitions, « en variant le ton »…émotions travaillées, reprises, décortiquées… séances de coiffure et de maquillage… le corps s’apprête, à l’instar de la voix et des gestes : une pose superficielle, un ressenti intériorisé, ou encore ironiquement déplacé géographiquement –les sentiments ne s’expriment pas de la même manière s’ils sont vécus par un norvégien, un français ou un espagnol n’est-ce pas ! Notre comédienne décline les propositions avec un art consommé, joue, chante, s’accompagne au piano, se lance dans de longues digressions savoureuses en castillan. Almodovar pointe son cinéma… talons aiguille rouges, révolver… et le parfum des chansons de Luz Casal Piensa en mi… paillettes et pourpre, fin annoncée, répétition multipliée, rôles effeuillés, dégradation subtile du personnage et de son interprète, descente en enfer, « fin en beauté ». Ce théâtre se réfléchit en un miroir cent fois diffracté, avec la vraisemblance et la vérité de chaque instant, tout en jouant avec une folle ironie de la distanciation. Irina Solano est époustouflante de profondeur et de légèreté. Un spectacle ‘one shot’ ? comme le suggère notre actrice en abîme, certes non ! sa qualité jubilatoire lui donne à espérer une destinée ‘en beauté’ !

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2015

Vu le 8 avril au théâtre Vitez, Aix en Provence

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