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Retour sur le festival Mimi 2015, qui a tapé dans le mille pour sa trentième édition

Mimi à la folie

Retour sur le festival Mimi 2015, qui a tapé dans le mille pour sa trentième édition - Zibeline

Loin de tout mais si près de nous, le festival insulaire à la programmation singulière a encore tapé dans le mille pour sa trentième édition !

À première vue, il n’y a pas grand-chose en commun entre les Statonells et Delta Sónic. Pourtant, on peut au moins dire que les deux formations créent leur musique en puisant dans une tradition liée à la culture d’un territoire : la Réunion et l’Occitanie. Les premiers proposent un maloya expérimental et déstructuré, le second invente un balèti futuriste et ludique. Que ce soient les Marseillais de Statonells ou l’Arlésien Henri Maquet, l’homme-orchestre concepteur de Delta Sónic, ils créent une ambiance bruitiste voire industrielle, utilisant aussi bien des instruments ou objets ancestraux qu’actuels. Le kayamb ou la basse électrique pour les uns, le guitarron ou le synthé à bandes pour l’autre. Une soirée d’ouverture à l’U. Percut qui prouve une fois de plus que les musiques dites traditionnelles ne sont pas figées dans un folklore mais bien vivantes et en mouvement.

Le lendemain, amerrissage sur les lieux historiques du festival. En posant un pied sur l’île du Frioul puis en marchant sous un soleil de plomb vers les ruines majestueuses de l’hôpital Caroline, nous sommes déjà au cœur de l’expérience Mimi. Si les Percussions de Strasbourg sont loin d’être des jeunes anonymes, retrouver cet ensemble si prestigieux mais surtout si dépendant de salles de concerts ou de lieux à la programmation plus académique est une très bonne surprise et une véritable prouesse. Car amener par la mer le gigantesque instrumentarium (unique au monde pour un ensemble) de ces intrépides percussionnistes, il fallait pouvoir le faire. Rompu aux créations, l’ensemble bardé de prix internationaux a déroulé avec une virtuosité impressionnante des pages de Reich, Emler et Taïra, déjà si peu jouées, alors dans un écrin pareil… Juste avant, le plasticien du son Aki Onda avait étonné son monde, peut être même jusqu’aux gabians très présents au dessus de nos têtes, avec ses walkman ancestraux, ses cassettes et ses objets sonores pas toujours identifiés dans un modelage étonnant de l’acoustique du moment.

Ils nous ont fait planer mais aussi taper du pied. Tel un orchestre symphonique, les quatre musiciens anglais dont le mythique batteur Chris Cutler et les dix bidouilleurs marseillais invités du projet Himmel, parmi lesquels Phil Spectrum de Leda Atomica, explorent des territoires connus qu’ils transfigurent. Entre jazz, rock, electro ambient. Groupe rare et mythique à l’album unique (Colossal Youth, en 1980), Young Marble Giants a réalisé le rêve de nombreux fans en se produisant à Marseille. Ces (plus tout) jeunes géants de marbre du Pays de Galles ont captivé jusqu’aux colonnes du temple de l’hôpital Caroline. Une pop minimaliste, dépouillée, élégante, parfois espiègle emmenée par un trio devenu quatuor, dont seule la voix de la chanteuse Alison Statton a légèrement perdu en délicatesse.

Marseille regorge de pépites méconnues et Joujou en fait partie. Pour Mimi, le duo s’est élargi à Dj Junkaz Lou dont les scratches et autres interventions aux platines épicent le punk rock électro par Agnès Pinaqui (voix, basse une corde) et Benjamin Colin (batterie, samples, percussions). Une prestation débordante d’énergie au service d’une poésie surréaliste et d’une musique aux influences multiples résolument festive, qui insufflent un vent de liberté. La fête sera loin d’être finie avec les Caïrotes EEK et Islam Chipsy qui nous avaient littéralement transportés aux Transmusicales de Rennes. Deux batteurs d’une efficacité redoutable dopent l’electro-chaâbi envoyé par Islam Chipsy qui manipule sa boîte à rythmes comme une darbouka. Une fièvre orientale a dévasté le Frioul le temps d’un grand mariage entre musique populaire d’Egypte et beat électro. Une révolution !

FREDERIC ISOLETTA et THOMAS DALICANTE
Juillet 2015

Le festival Mimi a eu lieu à l’U.Percut et à l’Hôpital Caroline (Frioul), Marseille, du 1er au 5 juillet

Photo : Young-Marble-Giants-c-André-Liédet