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Vu par Zibeline

Concert de Vincent Beer-Demander et Grégory Daltin organisé par le Chantier à Correns

Mieux que les mots, la musique

Concert de Vincent Beer-Demander et Grégory Daltin organisé par le Chantier à Correns - Zibeline

Le duo Vincent Beer-Demander (mandoline) et Grégory Daltin (accordéon) a présenté un éblouissant concert de sortie de résidence de création, organisée par le Chantier de Correns

Ils se connaissent depuis les bancs du lycée à Toulouse. À Correns, les deux musiciens ont conjugué leur passion commune pour les auteurs de musiques de film en une représentation précédée d’un exposé remarquablement documenté de Frank Tenaille sur les rapports entre la musique (d’une manière générale), les musiques du monde et le cinéma. En ouverture, un court métrage montrait Vladimir Cosma et les deux interprètes en plein travail, mais aussi partageant rires et réflexions.

Sa Suite populaire pour mandoline et accordéon en six mouvements (en écho aux six danses roumaines de Bartók), dédiée au duo, débutait la soirée. Paysages et histoires offrent leur palette colorée, dialogues, rêveries, méditations, jeu sur le fil, traits d’humour, allégresse, insouciance, et lumineux galop virtuose de la Farandole finale. Puis la courte pièce que leur a dédicacée Jean-Claude Petit, Petite suite valseuse, voit mandoline et accordéon se livrer à une conversation spirituelle et enlevée.

Après ces deux créations mondiales, les musiciens rendaient hommage à Francis Lai qu’ils ont eu le privilège de côtoyer. Notes rêveuses, en suspens, accompagnées des premières gouttes de pluie… Un monde se dessine, peuplé d’envolées d’oiseaux ou du son d’un vieux manège… Palpable émotion du silence qui suit les dernières notes égrenées à la mandoline.

La virtuosité de Umoresca, de Richard Galliano, prépare l’entrée du Tango Méditerraneo de Vincent Beer-Demander qui se joue des codes avec espièglerie, se livre à de brusques fulgurances, s’orientalise, s’emporte en larges phrases, puis se replie sur l’essence même du rythme…

L’assistance conquise est invitée à deviner les titres d’un medley de transcriptions de musiques de films, en redemande, et les deux artistes accordent avec générosité bis, ter et davantage, dont la « spéciale dédicace » d’une valse musette pour Frank Tenaille. Rendez-vous est pris pour les Joutes de juin 2019 avec de nouvelles compositions !

Propos croisés

Grégory Daltin : On s’est toujours suivis, nous nous sommes rejoints dans le double concerto de Vincent, Da Tolosa, pour mandoline, accordéon et orchestre à plectre. Vincent travaille à un renouveau du répertoire de la mandoline, que ce soit dans le cadre de la musique contemporaine, de la musique de scène.

Il a envoyé à Vladimir Cosma des propositions de transcription pour mandoline et accordéon de certaines de ses musiques de film ; ce dernier a alors accepté de composer pour nous, puis par effet de boule de neige Jean-Claude Petit, Claude Bolling, Francis Lai, Richard Galliano, Lalo Schifrin.

Le drame en France, c’est que l’on a toujours besoin de poser des étiquettes. Tous ces compositeurs que l’on cantonne à leurs créations pour le cinéma sont d’immenses mélodistes, on est tous capables de fredonner leurs airs ; et ils marquent profondément l’histoire et la société. Leur musique est intemporelle et ne se réserve pas à une élite particulière.

Zibeline : Votre bonheur de jouer ensemble est tangible…

Vincent Beer-Demander : Nos instruments sont à la frontière entre musique savante et populaire, ils ont toujours eu une fonction sociale, instruments festifs, porteurs de joies. Ce bonheur est cimenté par notre complicité, nous n’avons pas besoin de mots pour décider tonalités, rythmes, intensité, phrasé, nous jouons, et un seul regard suffit.

Ce qui est merveilleux c’est qu’aujourd’hui les guerres d’esthétique n’ont plus lieu d’être, grâce à une nouvelle ouverture sur le monde et toutes les musiques. Il y a dorénavant une transversalité qui permet d’échapper aux classifications, en abordant tous les styles en une cristallisation qu’autorise la maîtrise de l’harmonie de l’écriture. Il n’y a pas des musiques spécialisées en tel ou tel domaine, mais La Musique. Et les instruments eux-mêmes en sont les prétextes…

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2018

Concert donné le 23 novembre, salle La Fraternelle, Correns

À venir
Album sous le label Larghetto, direction artistique Vladimir Cosma

Photo : Vincent Beer-Demander et Grégory Daltin © Francois Moura