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Meurs, Monstre, Meurs d’Alejandro Fadel, curieux film qui mêle les codes du cinéma de « mauvais » genres

Meurs, Monstre, Meurs

Meurs, Monstre, Meurs d’Alejandro Fadel, curieux film qui mêle les codes du cinéma de « mauvais » genres - Zibeline

Meurs, Monstre, Meurs : c’est le deuxième long-métrage du réalisateur argentin Alejandro Fadel. Ce sont aussi les mots scandés en boucle par la voix qui résonne dans la tête des personnages du film. Le triple M renvoie peut-être à celui du Maudit, à celui des chocolats, à celui formé par les montagnes qui ferment l’horizon ou encore à celui qui, en reliant leurs lieux, se trace de meurtre en meurtre dans le paysage. On est dans un petit village de la Cordillère des Andes. La nature y est grandiose, hostile, ouverte à toutes les irrationalités. Les policiers sont insomniaques, dépressifs. L’un d’eux perçoit le mystère en poète-géomètre, est l’amant de la femme d’un fou christique hanté par l’injonction lancinante du titre et suspecté des meurtres. Mais qui parle en lui, puis en eux ? Et qui est le Monstre ? Le salaud qui arrache la tête des femmes et l’enterre, ou celui qui habite les enquêteurs chargés de le débusquer ? Curieux film qui mêle les codes du cinéma de « mauvais » genres.

Le polar avec ces policiers des confins, confrontés au Mal, à leurs problèmes existentiels et leurs propres phobies. Le film d’horreur qui ne nous épargne ni les cous coupés ni la bave verte gluante qui dégorge des lèvres des possédés. Le film fantastique jouant sur les nocturnes, les plans prolongés, les silences, l’irruption de motos surgies de nulle part, les notes graves de la bande-son. La « Scientifique » à laquelle on se raccroche après chaque crime, n’explique rien. Alejandro Fadel excelle à créer une atmosphère oppressante, proposant des morceaux de puzzle impossibles à assembler. Mais conjuguer ce qui fuit toute représentation dans le fantastique et ce qui est sur-représenté dans l’horreur est périlleux. Quand le cinéaste donne visage et corps au monstre en alien pachydermique bisexué, le film bascule dans le ridicule, alourdissant une symbolique qui n’en demandait pas tant.

ELISE PADOVANI
Mai 2019

Sélectionné dans la section Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, Meurs, Monstre, Meurs d’Alejandro Fadel sort le 15 mai (1h49)

Photo : Meurs monstre meurs © UFO Distribution