Port-Saint-Louis, Carrément à l’Ouest

Métaphores concertantesVu par Zibeline

Port-Saint-Louis, Carrément à l’Ouest - Zibeline

Une fois n’est pas coutume, ni le vent ni la pluie n’ont perturbé les spectacles à Port-Saint-Louis le 13 oct pour la journée finale de la 4e édition de Carrément à l’Ouest. Tandis qu’une faible brise caresse les mâts des bateaux tout proches dans le port, Mathilde Monfreux part à l’assaut d’une construction impressionnante, un Tube blanc tarabiscoté avec lequel elle joue, danse, sur et dans lequel elle se meut. Métaphore de digestions de toutes sortes, physiques ou évocatrices d’une mémoire intime et universelle, support imaginaire qui permet aux mouvements de lentement dévoiler les émotions.

Peu près, en déambulation dans les ruelles du faubourg Hardon, Claude va dévoiler sa part féminine («PF»). Autant dire que l’affaire n’est évidente que pour lui, qui depuis longtemps cherche cet enrichissement de son être («si tu trouves ta part féminine tu gagneras en philosophie»). Pierre Pilatte, le clown de la cie 1 Watt, promenait déjà ses bizarreries dans les espaces urbains avec ses compères ; seul, dans Be Claude, il laisse le burlesque prendre le dessus. Le grand homme maigre qu’il est, sorte de Buster Keaton parlant, part en quête de cette part qu’il devine avoir au moins un peu, et sans laquelle il est incomplet, une «PF» aussi grande qu’une portion de Vache qui rit dans son fromage personnel, c’est dire. Gestuelle soignée, mimiques étudiées, la rue est son domaine et tout devient instrument de jeu, de la poubelle à la vitrine, du spectateur à la circulation routière. C’est absurde et infiniment poétique.

En fin d’après-midi c’est Le Silence encombrant de la cie Kumulus qui plane sur le port. Le silence produit par ceux qu’on ne voit pas, ou qu’on ne veut pas voir, des femmes et des hommes sortant d’une benne –une entrée en matière saisissante !- d’où se déversent des objets bons pour la casse. Une même couleur blanchâtre recouvre le tout, rendant fantomatiques ces «indésirables» qui vont pourtant s’installer là. Longuement les allers et venues pour vider la benne vont rythmer le temps, les bruits couvrir la scène, les déchets s’accumulant vainement en une décharge réjouissante. D’autant plus étrange que derrière eux le soleil se couche paisiblement sur la mer…

DOMINIQUE MARÇON

Octobre 2012

 

Carrément à l’Ouest s’est tenu à Port-Saint-Louis du 6 au 13 octobre