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Vu par Zibeline

La mégère apprivoisée sous un autre angle au Théâtre de La Criée

Mesdames, tirez les premiers !

La mégère apprivoisée sous un autre angle au Théâtre de La Criée - Zibeline

Le titre original de la pièce The Taming of the Shrew semble suggérer que le jeune Shakespeare – c’est l’une de ses premières comédies- s’intéresse davantage au processus qu’au résultat comme le confirme la nouvelle traduction ébouriffée de Delphine Lemonnier-Texier ; Comment dompter l’insoumise oriente en effet le regard sur d’autres facettes de cette très complexe Mégère apprivoisée et laisse sans doute davantage de place à une possible ironie susceptible de fissurer la misogynie supposée de l’insondable William ! Mélanie Leray s’engouffre vaillamment dans le mouvement et déplace en bloc l’ambiguïté vers d’autres pièges dramaturgiques qui laissent parfois rêveur ou dubitatif… Catherine l’insurgée permanente et sa sœur la douce Bianca , leur père Baptista et surtout le roublard Petruccio en quête d’une épouse à bonne dot virevoltent dans un univers macho bling-bling, entre casino de Las Vegas et boîte des années 70 avec chanteuse soul et sexy ; un immense écran vidéo renvoie en direct des gros plans des corps et parfois des images surdéterminantes (visage muselé, fille à marier sur lit de billets ) passablement lourdes ; la mise en scène dans sa vulgarité construite se résume souvent à une scénographie sympathique et consensuelle ( le public rit, réagit à toutes les sollicitations ) ; le grinçant de la comédie est transféré dans le mauvais goût racoleur et assumé . Pourquoi pas ? Dans ce cadre, c’est bien la place de la femme qui est questionnée et celle de la manipulation : Petruccio (Vincent Winterhalter au jeu acidulé ) et Catherine ( bien pâle Laetitia Dosch, un pied encore dans un cinéma trop français) sont deux « monstres » – Liz Taylor et Richard Burton inégalés dans ce registre – qui vont ici se stimuler et se hisser un peu au dessus des autres ; le fameux monologue de la fin dans lequel Catherine explore les méandres de la soumission féminine se tient dans le public, et l’actrice nue sous des dentelles suggestives (sic) fait écho au prologue en armure où la reine Elisabeth 1ère part au combat dans sa virginité inentamée ; debout sur la scène en rang d’oignons les hommes savourent… conquis ; seul Petruccio, l’œil pétillant admire la prestation de sa désormais épouse et légitime l’efficacité d’une telle exhibition- pulvérisation des codes . La Mégère version « femen » garantit au moins la prolifération antagoniste des interprétations et n’a pas fini de troubler les sens ! ! ! !
MARIE JO DHO
Février 2015

La Mégère apprivoisée de Shakespeare dans l’adaptation et la mise en scène de Mélanie Leray a été présenté à La Criée du 28 au 31 janvier

Photo : Suzanne Junker


La Criée
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