Mythopoïèse, un subtil traité d'écologie sauvage par Alessandro Pignocchi, aux Éditions Steinkis

Mésanges subversivesLu par Zibeline

Mythopoïèse, un subtil traité d'écologie sauvage par Alessandro Pignocchi, aux Éditions Steinkis  - Zibeline

Alessandro Pignocchi vient de publier son troisième Petit traité d’écologie sauvage, aux éditions Steinkis. Une utopie graphique étonnante, peuplée de mésanges révolutionnaires et ironiques. Des enfants rentrent de leur classe de nature, où l’activité principale consistait à faire sauter un champ d’éoliennes, parce qu’elles dérangent les populations de chauves-souris. Angela Merkel et Donald Trump dialoguent paisiblement au coin du feu. Les chefs d’État ont perdu tout pouvoir coercitif, depuis que le monde a basculé du capitalisme vers le communalisme. Celui qui a le plus de mal à s’y faire est Emmanuel Macron : le choc a manifestement été trop déstabilisant pour son esprit formaté. Le concept occidental de « nature » exploitable a disparu, hormis dans quelques secteurs où le mode de vie libéral persiste tant bien que mal, observé avec étonnement par un anthropologue Jivaro.

L’auteur, ancien chercheur en sciences cognitives, proche de Philippe Descola, est un ardent défenseur de la Zad Notre-Dame-des-Landes. Dans un texte lumineux, à la fin de l’ouvrage, il explique l’importance des rituels nés là-bas, lesquels densifient « le tissu de liens affectifs qui nous attachent à cette forêt et à ces milieux de vie ». Car l’être humain sécrète de la culture comme l’araignée sa toile. Il n’y a qu’à voir comme en un an les Gilets Jaunes ont mis en partage, à partir de ce simple signe de reconnaissance fluo, des lieux de rencontre, des chants, une forme de lutte…

Déséconomiser

Alessandro Pignocchi s’intéresse aux usages alternatifs des zadistes. Il cite Jérôme Baschet, historien médiéviste pour lequel le capitalisme « a créé la supposée nature humaine à son image, en faisant de l’égoïsme et de l’intérêt personnel des valeurs positives, ce qu’aucune culture humaine n’avait fait auparavant » (extrait de l’essai Une juste colère. Interrompre la destruction du monde, Éditions Divergences). Il célèbre la capacité des habitants, sur ce territoire de Loire-Atlantique, à bloquer la sphère économique « qui transforme en objet tout ce qu’elle touche », lui opposant ces « dimensions de l’existence qui ne peuvent être ni mesurées ni échangées, mais seulement éprouvées ». Un processus politique radical passant par l’entraide et la sobriété ; une « déséconomisation » d’autant plus subversive qu’elle se déploie à travers un imaginaire foisonnant. D’où le titre de ce troisième tome, que l’on peut lire sans avoir pris connaissance des précédents (de toutes façons, il y a de fortes chances qu’on se les procure dans la foulée) : Mythopoïèse. Du grec ancien poïésis, création, fabrication de mythes. Car ses jolies mésanges sont artisanes d’un nouveau monde : elles chantent ce que la Zad met en pratique en alimentant de bons légumes les luttes sociales.

GAËLLE CLOAREC
Février 2020

Petit traité d’écologie sauvage. Mythopoïèse
Alessandro Pignocchi
Steinkis Éditions, 16 €

Lire ici notre article À quoi servent les énergies « vertes » ?, qui entre plus avant dans la réflexion d’Alessandro Pignocchi.