Vu par ZibelineJeanne Balibar réalise son premier long-métrage : en salles le 8 janvier

Merveilles à Montfermeil

Jeanne Balibar réalise son premier long-métrage : en salles le 8 janvier - Zibeline

Montfermeil est à la fois le lieu mythique de la rencontre entre Cosette et Jean Valjean et une banlieue tristement célèbre pour ses émeutes, en 2005. Fourmillante, paradoxale, la ville a vu naître depuis nombre d’initiatives citoyennes et artistiques, dont l’ouverture, il y a plus d’un an, d’une école de cinéma par le collectif Kourtrajmé est un des aboutissements. Les Misérables, sorti en novembre dernier, y a notamment vu le jour. Présente au casting du film de Ladj Ly, Jeanne Balibar s’était depuis longtemps intéressée à Montfermeil. Au fil d’ateliers organisés avec une musicothérapeute, ainsi qu’avec le chorégraphe Jérôme Bel, l’actrice a investi les lieux dès 2013, projetant déjà d’y échafauder son premier long-métrage en tant que réalisatrice.

L’intrigue de Merveilles à Montfermeil a beaucoup à voir avec cette inhabituelle histoire de tournage. Élue maire des lieux, Emmanuelle Joly (Emmanuelle Béart) s’y installe avec son équipe, dont son premier adjoint Kamel Mrabti (Ramzy Bedia), pour appliquer un programme singulier. Soit l’instauration de la sieste pour tous, d’un service d’assistance à la satisfaction sexuelle à domicile, mais aussi une mission de relogement des expulsés, d’agriculture urbaine poussée, ou encore la mise en place d’une « Montfermeil International School of Languages » où les habitants enseignent plus volontiers l’arabe, le tamoul et le soninké que le business english.

Le tout, renforcé par la présence de nombreux figurants et autres petits rôles montfermeillois, fonctionne souvent mais ne prend pas toujours. La faute à ce hiatus irrésolu entre représentants et représentés, mais aussi au choix d’un temps parfois trop long pour ses effets. Le ton, décalé, curieux, s’apparentant moins au registre de la comédie qu’au penchant solaire de l’hystérie d’un Frank Castorf – le compagnon de la réalisatrice tient ici un petit rôle, et met en scène Balibar dans Bajazet (lire notre compte-rendu ici). Mais les moments de grâce s’avèrent heureusement nombreux : la fête de la Brioche annuelle, portée par une bonne humeur et un mauvais goût musical ahurissants, vaut notamment le détour.

SUZANNE CANESSA
Décembre 2019

Merveilles à Montfermeil de Jeanne Balibar a été projeté en ouverture du festival Films Femmes Méditerranée. Il sortira le 8 janvier en salles (1 h 49)

Photo © Films du Losange

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