Le Mèq Festival, une rencontre étonnante entre l’art et la technologie

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Le Mèq Festival, une rencontre étonnante entre l’art et la technologie - Zibeline

Trois jours de découvertes immersives dans l’art technologique au Mèq Festival accueilli par hTh. Musique, vidéo, installations, performances au royaume du numérique.

Explorer les limites entre art digital et arts performatifs : le Mèq, laboratoire de création numérique accueilli par la scène nationale hTh à Montpellier, vivier d’expérimentations techniques et poétiques, met la barre haute. Musiciens, vidéastes, artistes multimédia, programmeurs, il s’agit pour tous les intervenants de ces trois jours foisonnants de connecter la scène, les sens, à des processus de recherche technologiques et artistiques. En un mot : faire advenir une certaine dramaturgie à l’ensemble ; quelque chose qui touche au-delà de la performance technique, là où on ne s’y attendait pas.

Dans l’éventail des propositions présentées samedi 17 octobre, beaucoup de directions étaient amorcées, pas toutes concluantes.

Vies en boîtes
ISOS
est une installation vidéo imaginée par l’artiste visuel Kris Verdonck. Dans le hall de hTh, entre deux performances, le public se penche au-dessus de neuf boites. L’effet est saisissant. Dans chacune d’entre elles, une petite scénette se joue, en 3D. Les personnages sont miniatures, les couleurs très contrastées, il ne se passe pas grand chose, mais l’atmosphère est saturée d’affects. De temps en temps, les protagonistes lèvent la tête, et cherchent notre regard. Sans parole, mais avec un bruitage à la fois précis et feutré, (la cafetière posée sur la table basse, de l’eau qui coule) il est dit dans la plaquette que cette suite de neuf séquences retranscrit l’univers des romans de science-fiction apocalyptique de J-G. Ballard. Nul besoin de connaître cette intention. Au contraire, aller de l’une à l’autre des boites où se meuvent ces lilliputiens dans leur bulle, sans rien savoir du projet intime de l’artiste, procure une sensation bien plus bouleversante que d’essayer de faire coller le propos à une quelconque ligne narratrice. Le spectateur nourrit de ses propres fantasmes et inquiétudes ces extraits de vies mis en boite.

Sons en toupie
La canadienne Myriam Bleau est là, en chair et en os, sur la scène de hTh. Devant elle, sur une table, quatre toupies lumineuses, filmées en plongée verticale. Un écran derrière elle retransmet l’image des quatre cercles qui tournent. On pense immédiatement à des disques vinyles, que la musicienne performeuse fait tourner, produisant des sons en boucles. Parfois les toupies s’arrêtent, elle les relance, les rattrape, les ralentit. Soft Revolvers. Belle idée conceptuelle. Le geste est fort, l’image moins, et la mélodie peine à trouver son développement. Disons que ça tourne un peu en rond.

Indifférences primitives
L’installation d’Alan Warburton, chercheur en simulations numériques et réalisateur 3D, porte le projet très ambitieux de rendre humains des prototypes de personnages créés avec le logiciel Golaem Crowd (utilisé dans les films à grand spectacle, pour les scènes de bataille, de foule). Il s’agit de s’approcher un peu de ces nouvelles créatures, les Primitives. Mais quelle froideur, quelle distance encore nous sépare de ces êtres presque asexués, qui ne regardent rien… Et surtout, et là les personnages blancs qui bougent toujours symétriquement n’y sont pour rien, on ne capte rien de ce qui les meut. Une expérimentation informatique certes très pointue, mais le pont entre les codages et le public n’est pas encore bâti.

Lumières géométriques
Entropia
, la performance de Louis-Philippe Saint Arnault étonne aussi par son décalage entre une technologie débordante et un visuel pour le moins suranné. L’artiste sonore se tient au centre d’une sphère lumineuse par intermittence, devant un écran rond et concave où des figures géométriques sont générées en fonction des sons. En hommage à l’architecte américain Richard Buckminster Fuller, adepte des dômes géodésiques, l’œuvre pose question quant à cette volonté de plonger le spectateur dans une atmosphère quasi vintage (avec spéciale dédicace aux figures géométriques du Spirographe) sans permettre pour autant au spectateur de s’affranchir de la technologie envahissante du projet.

Détours technologiques pour atteindre l’humain…
Il y avait aussi Lights Contacts, installation conçue par Scenoscosme. « Posez votre main sur la boule, respirez, et laissez-vous toucher par une autre personne ». Le programme est simple. Dans la petite pièce, une quinzaine de personnes sont réunies, au hasard des parcours entre les performances de la soirée. On se touche, on respire, et la lumière jaillit, le son surgit, différents suivant la façon de frôler, caresser l’autre. On fait une chaine de peaux qui se touchent. On se regarde, surpris, émerveillés. On ne se connaît pas, mais le temps de cet échange, on crée quelque chose ensemble.

C’est simple, c’est beau. Magique technologie.

ANNA ZISMAN
Septembre 2016

Mèq Festival du 14 au 17 septembre
Humain trop humain (hTh) Centre Dramatique de Montpellier
Domaine de Grammont, Montpellier
04 67 99 25 00 / humaintrophumain.fr

Photographie : ISOS Kris Kerdouck © A Two Dogs Company