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Vu par Zibeline

Terre du Milieu, Terre Ouverte au musée de Salagon: un portrait vivant et documenté des Alpes de Haute Provence

Mémoires de la Terre du Milieu

• 31 mars 2017⇒8 octobre 2017 •
Terre du Milieu, Terre Ouverte au musée de Salagon: un portrait vivant et documenté des Alpes de Haute Provence - Zibeline

Le musée de Salagon, poursuivant sa mission ethnographique, propose l’exposition Terre du Milieu, Terre Ouverte – Les mouvements de population dans les Alpes de Haute-Provence 1800-2017. Un portrait vivant et solidement documenté de cette région.

Bousculant les aprioris tenaces sur les régions rurales, l’exposition, composée avec une intelligente sensibilité par Isabelle Laban Dal-Canto, conservatrice du musée, Antonin Chabert, responsable de la médiation scientifique, Cécile Brau, responsable des collections, et mise en espace par Chloé Dumond, retrace, avec des photographies, des objets du quotidien, des dessins collectés, des portraits d’habitants, les multiples mouvements de population qui ont tour à tour peuplé et dépeuplé la région. Terre de passage obligé entre l’Italie et la France depuis (au moins) l’Antiquité, cette région est un témoin des mutations de société, de mentalités, et des remuements de l’histoire. La matière mouvante qu’est l’ethnologie évolue avec les « informateurs », souligne Isabelle Laban Dal-Canto. Aussi, cette exposition temporaire s’appuie à la fois sur les collections du musée (issues en grande partie des campagnes menées par l’association Alpes de Lumière fondée par Pierre Martel en 1953), les enquêtes menées respectivement en 1999 par Katrin Langewische, Anne Attané et Franck Pourcel sur une commande de la Drac, et en 2016 par Nancy Avenie et Clara Bensoussan, étudiantes en master d’anthropologie, commandée par le musée de Salagon. Ajoutez à cela le filtre poétique des dessins d’art de Mathias Poisson, « cartes sensibles » du territoire, et les superbes photographies en noir et blanc prises avec le regard artiste de Franck Pourcel.

Une économie rurale en perpétuelle évolution

La pauvreté des terres, la rudesse du climat, l’isolement, la surpopulation à la fin du XVIIIème siècle, entraînent une longue phase de fort dépeuplement, du XIXème aux années 1960. Le catalogue de l’exposition rapporte le nom de « gavot », attribué aux campagnards des montagnes de Provence lorsqu’ils venaient en ville, affublés de tous les défauts, cupides, roués ou stupides, alors que l’historien Michel Vovelle note par ailleurs la très précoce alphabétisation des Grandes Alpes du Sud. Villages abandonnés, ou exsangues… mais de nouvelles populations viennent les repeupler tout au long du XXème. Des Italiens (principalement Piémontais) fuyant la pauvreté puis le fascisme, y seront bergers, mineurs, charbonniers, artisans, et parfois s’installeront définitivement. D’autres drames de l’Histoire amènent dans les terres du Milieu des populations victimes : réfugiés espagnols à partir de 1936, albanais en 1961, Harkis en 1962, laotiens en 1977… À ce propos, le village d’Ongles est le premier village d’accueil des familles d’anciens Harkis de 1962 à 1971. En effet, malgré l’interdiction gouvernementale de ramener en France les supplétifs dont la vie était en danger en Algérie après la signature des accords d’Évian, certains officiers rapatrièrent des harkis placés sous leur autorité et leurs familles. Ainsi le lieutenant Durand a sauvé 25 familles de Harkis, (133 personnes) accueillis dans ce petit village (237 habitants). D’autres migrations, pour raisons économiques, conduisent des populations nord-africaines et portugaises aux travaux agricoles de la région.

Néo ruraux

Les années 1970 ont vu fleurir une nouvelle vague de peuplement des campagnes, sous-tendue par une philosophie, une démarche, une volonté de vivre autrement, utilisant des moyens de production et de consommation en harmonie avec la nature. Démarche nourrie et nourrissant un imaginaire, des idéaux forts : « autonomie, responsabilité individuelle, solidarité »… L’enquête ethnographique vient explorer ce que sont devenus aujourd’hui les acteurs de ce mouvement. Entre marginalité et actions qui impactent jusqu’« à la ville », (AMAP, Bio…), une voie se dessine, qui pourrait peut-être devenir celle de demain pour tous ? De nombreux mouvements artistiques sont issus de cette mouvance néo-rurale : cirque Plume, Archaos, Gosh… Sans compter les lieux de vie créés pour accueillir des personnes en difficulté… Une réflexion profonde sur notre monde. La Terre du Milieu, traversée, parcourue… point de départ ?

MARYVONNE COLOMBANI
mars 2017

jusqu’au 8 octobre
Musée de Salagon, Mane
04 92 75 70 50 musee-desalagon.com

Catalogue de l’exposition, 15 €

Photographie © MC