Musique à la ferme, édition 2021

Mélodies champêtresVu par Zibeline

Musique à la ferme, édition 2021 - Zibeline

Voilà désormais quatorze ans que Musique à la ferme propose à un public fidèle une programmation de haut niveau, dont l’exigence n’entame jamais l’accessibilité ou la cohérence

À l’instar du concert du 26 juin, très attendu, réunissant Bruno Philippe et Tanguy de Williencourt sous un titre éloquent : L’âme du violoncelle. Le vocabulaire de la lutherie côtoie ici le champ lexical d’un romantisme sentimentaliste, au sens le plus noble du terme. La programmation est dédiée ici à un répertoire 100% français -quoiqu’on pourra objecter que, dans le cas de César Franck, c’est un peu plus compliqué… Il faut dire que les pages sont riches et nombreuses : de celles de Fauré à Guillaume Connesson, un même sens de l’épique et du mélancolique conjugués transparaît. Sur Debussy, c’est le goût de la couleur qui prédomine ; sur Fauré, et sur le Saint-Saëns donné en bis, celui d’une poésie intimiste ; et sur Franck, celui d’un lâcher-prise qui donne à la forme cyclique tout ce qu’il faut d’étrangeté. Si Les Chants de l’Agartha demeureront proches de ces pièces canoniques, force est de constater que les bouffées héroïques savamment concoctées par Connesson demeurent d’une réelle efficacité. Bouffées qui permettent à ces deux musiciens d’exception de déployer des trésors de technique et de virtuosité, mais aussi de complicité et de complémentarité : la fougue du violoncelle de Bruno Philippe se mariant à merveille avec le flegme du piano de Tanguy de Williencourt.

Syndrome de Marfan

Le récital de Vittorio Forte du lendemain ne sera pas donné dans la Chèvrerie emblématique du festival, mais au Moulin des Costes de Pélissanne, fort charmant mais à l’acoustique peu clémente. Venu pour célébrer le pianiste et compositeur Earl Wild, auquel il vient de dédier un enregistrement chroniqué ici, Vittorio Forte ne fait pas défaut à ses qualités de transmetteur, le temps d’une entrée en matière qui captive tout l’auditoire. Ici encore, l’émotion et l’intime ne se défont jamais de la matière musicale : on évoque la dépression de Rachmaninov et l’hyperlaxité de ses mains -le fameux syndrome de Marfan-, la révélation que sera sa musique pour le virtuose Earl Wild, trouvant enfin une œuvre à la mesure de ses obsessions. Si l’enregistrement aura su rendre justice à ce goût de l’éclat et du dionysiaque, le récital du 27 juin prend davantage le temps de laisser la nostalgie enfler, et de moins se reposer sur un toucher éthéré. Les études de Gershwin laissent notamment les mélodies, devenues des standards de jazz, chanter, se syncoper avec une sensualité certaine. Le public ne s’y trompe pas : les battements de jambes et de mains se muant en applaudissements chaleureux une fois le concert terminé.

SUZANNE CANESSA
Juillet 2021

Ces deux concerts ont été donnés lors du festival Musique à la ferme, qui s’est tenu du 11 juin au 4 juillet à Lançon-Provence et alentours

Photo Vittorio Forte © Frédéric Barrès