Just kids de Christophe Blanc :  un « mélo-teen movie » selon le réalisateur

Mélo-movieVu par Zibeline

• 28 juillet 2020, 5 août 2020⇒31 août 2020 •
Just kids de Christophe Blanc :  un « mélo-teen movie » selon le réalisateur - Zibeline

Faire son deuil, régler une succession, ne concernent pas que les biens matériels, il faut s’arranger avec la vie qui va toujours de l’avant, vivre avec sa douleur en se composant des masques, en suivant ses  fantasmes, en flambant, en fuyant, en oubliant. Mais toujours, être rattrapé par le chagrin. C’est le lot de Jack, 19 ans, Lisa 17 ans, et Mathis, 10 ans, les héros du dernier film de Christophe Blanc : Just Kids. Après avoir perdu leur mère deux ans auparavant, leur père passe sous un train. Jack devient le tuteur de Mathis sous la surveillance distante d’un oncle, « l’œil » comme disent les juges de tutelle. Excédée par les dérives de son aîné, Lisa, tournée vers un avenir qu’elle entend construire loin des lieux de la tragédie, quitte ce drôle de foyer sans « vrais adultes » pour s’installer dans le Sud. Jack s’englue dans l’obsession du passé de son père, petit magouilleur sans envergure qu’il imagine en héros de polar, se glissant dans cette vie dont il ne sait rien, sans cesse déçu par ce qu’il découvre. Mathis quant à lui reprend l’appareil photo paternel où demeurent quelques portraits de sa mère, découvrant le pouvoir de saisir et de transformer le réel par le regard. Le réalisateur orphelin très jeune – tout à la fois Jack et Mathis- portait ce film partiellement autobiographique en lui depuis  longtemps. Il choisit le mélo avec ses outrances et ses excès de malheur, mais rien ne larmoie ici. Le désespoir de ces kids-là est à la mesure de l’énergie de leur jeunesse. D’autant plus violent. Dans une scène très emblématique, Jack  fait écouter à sa petite amie assise à côté de lui dans sa voiture, la partition de L’important c’est d’aimer. Il lui demande de regarder Mathis sur sa bicyclette provoquant chez la jeune fille des larmes qu’il lui reproche aussitôt. Just Kids devient un road movie quand, l’appartement familial liquidé, les deux frères, après une rocambolesque équipée espagnole, rejoignent leur sœur dans le Midi.  L’horizontalité de la route, l’ouverture de l’espace succèdent à la verticalité des tours de Grenoble, ville-prison cernée de hautes montagnes. Le film s’écrit en multipliant les symboles et en filant la métaphore : la veste du père endossée par le fils, peau de lézard qui prépare une mue, l’iguane, symbole de la prise de conscience de soi, de l’acceptation, l’œil qui surveille, celui tuméfié qui se ferme, celui de l’objectif qui s’ouvre, les jambons héritage du père, morceaux de cadavres abandonnés sur la route d’une libération, l’eau ondoyant une nouvelle vie peut-être… On peut trouver que c’est un peu trop et que le film aurait pu gagner en concision. Pour autant, la tension générée par la mise en scène ne faiblit pas et les jeunes acteurs sont formidables. Dans le rôle de Mathis, Andrea Maggiulli, tout en rondeur, s’impose, exprimant les nuances des sentiments de l’enfant blessé avec un grand naturel. Kacey Mottet-Klein, incarne avec brio la complexité du personnage de Jack, ses ruptures entre calme et violence, ses vertiges entre force et fragilité.

ELISE PADOVANI
Juillet 2020

Avant-première au cinéma Les Variétés le 28 juillet
Sortie nationale le 5 août

Photo @  Blue Monday Productions

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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