Vu par Zibeline

Méduse par le collectif Les Bâtards dorés au Théâtre Vitez

Médusante Méduse

Méduse par le collectif Les Bâtards dorés au Théâtre Vitez - Zibeline

En ouverture de saison, le Vitez, désormais installé au Cube, proposait un grand moment de théâtre grâce au collectif Les Bâtards dorés qui reprenaient pour l’occasion leur création 2016 (doublement primée au Festival Impatience 2017 avec le prix du public et celui du jury), Méduse, librement inspiré du Naufrage de la Méduse (1817) d’Alexandre Corréard et Jean-Baptiste Savigny. Les excellents comédiens, Romain Grard, Lisa Hours, Christophe Montenez, Jules Sagot et Manuel Severi, dans un dispositif scénique bi-frontal, rouvrent le procès intenté au capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, tenu pour responsable du naufrage de la frégate La Méduse. Dans ce procès qui ramène les morts à la barre, se dévoilent au cours des témoignages les rouages qui ont mené à la mort 137 personnes sur les 152 abandonnées sur le radeau instable de La Méduse. À l’une des extrémités de l’espace scénique Lisa Hours, en robe de juge, surplombe la scène, de l’autre le plasticien Jean-Michel Charpentier peint en direct une fresque inspirée du tableau de Géricault. Entre les deux, Jean-Baptiste Savigny, médecin du bord, raconte sa version des faits, calme, rationnel, dans une version lisse et noble que vient contredire avec colère et passion, écho d’Océan, mer de Baricco, le matelot Jacques qui accuse, révèle, rappelle l’organisation inégalitaire du radeau : au centre, les officiers et les vivres, les plus humbles sur les côtés, vite tombés à la mer, ou exécutés froidement s’ils étaient blessés. L’horreur s’invite, l’humanité s’effrite, se disloque. En point de rupture, bouleversant d’intensité, sur une musique de Lény Bernay, le poème de Fernando Pessoa, Ode maritime, ouvre une brèche terrifiante où la réalité des faits se décline, crue, sauvage. Les mots n’ont plus cours, dans l’expression brutale d’une cruauté primitive où le cannibalisme, la folie collective et le meurtre ne se dissimulent plus. Transparaissent alors derrière les rêves d’exotisme et de liberté le commerce triangulaire, les impérialismes, la Françafrique… La pièce nous renvoie aux dérives du libéralisme, et nous pousse à réfléchir la démocratie. Magistral !

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2019

Méduse a été donné le 1er octobre au Théâtre Vitez, Aix-en-Provence

Photographie : Méduse © Xavier de Labouret


Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com/