Le Quatuor Diotima explore quinze années de composition de Mauricio Sotelo

Mauricio SoteloVu par Zibeline

Le Quatuor Diotima explore quinze années de composition de Mauricio Sotelo - Zibeline

Quatre quatuors se succèdent dans cette étonnante monographie : le compositeur espagnol Mauricio Sotelo s’y voit scruté, magnifié par l’interprétation sans faille d’un Quatuor Diotima décidément irréprochable. Composées entre 2002 et 2017, les quatre œuvres s’y succèdent dans un désordre concerté. L’opus 3 – La Mémoire incendiée -, écrit en 2009, ouvre les hostilités : tourmenté, hachuré, il laisse l’auditeur lessivé. À cette agitée polyphonie pétrie de jeux d’imitations obsédants succède une riche recherche en timbres et textures. L’opus 2, baptisé Artémis, fait émerger, de motifs rêches aux confins du système tonal, une matière thématique sourde, galvanisée par un recours subtil à l’homorythmie. Le retour à l’œuvre première, joliment intitulée Degli eroici furori, convoque le célèbre dialogue de Giordano Bruno et de maître Luigi Nono : le sens de la poésie y cohabite avec la déconstruction joyeuse du son, que vient galvaniser un sens aigu du flou temporel. Sur l’ultime quatuor, on croit entendre réunis les chromatismes des plus belles partitions de Chostakovich et l’héritage beethovénien – auquel le titre Quasals vB-131 fait explicitement référence – moins dans le langage que dans l’expressivité et le lyrisme. Quinze ans se sont écoulés et la ferveur expérimentale a cédé le pas à un style plus affûté – et tout aussi poignant.

SUZANNE CANESSA
Mai 2021

Mauricio Sotelo
Quatuor Diotima
Naïve, 16,90 €