Enregistrement "live" d'Elektra avec Jeanne-Michèle Charbonnet et le London Symphony Orchestra

Maudits Atrides !

Enregistrement

Assister à une représentation d’Elektra, prendre en pleine face la force expressive d’une partition composée il y a pourtant un siècle, demeure un choc, aujourd’hui encore, pour la plupart des auditeurs. C’est qu’en 1909 Strauss est le premier musicien (avec Schönberg pour Erwartung) à explorer des terres mouvantes de l’âme humaine mises en équations par Freud à l’aube du XXe siècle.

Hoffmannsthal, auteur du livret tiré du mythe grec porté aux tréteaux par Sophocle, fréquentait les cercles intellectuels de la capitale autrichienne. Il a puisé dans les dysfonctions familiales des Atrides et la fille d’Agamemnon un potentiel psychologique que la musique de Richard Strauss magnifie. Son langage post-wagnérien, excroissance expressionniste de l’univers du Ring, repousse les limites de la tonalité, comme aux portes de la folie qui guette l’héroïne dont le «complexe» a été conceptualisé par Jung. À cet instant, Strauss est à Wagner ce qu’Egon Schiele est à Caspar Friedrich.

Les dissonances, les perturbations harmoniques, les dislocations du rythme, les éclatements de la texture orchestrale, l’effectif massif, les ruptures du chant font d’Elektra l’un des «monstres» de l’histoire musicale, autour de 1914, avant le Sacre du Printemps de Stravinsky ou le Mandarin merveilleux de Bartok. Paradoxalement, ces opus sont devenus, avec le recul du temps, des emblèmes majeurs de l’avant-garde bouleversant l’art au XXe siècle.

L’enregistrement «live» d’Elektra, réalisé il y a deux ans à Londres par Valery Gergiev à la tête du London Symphony Orchestra, frappe les esprits par la puissance de sa direction autant que la stridence des touches jetées sur la toile sonore, l’intensité du trait, à l’instar du geste orchestral.

C’est Jeanne-Michèle Charbonnet, sans doute la meilleure interprète actuelle du rôle, qui assume les déchirements vocaux de la partition, les affres psychiques et épuisants du personnage… Une artiste qui sera à l’affiche dans le rôle-titre à l’Opéra de Marseille du 7 au 16 février !

JACQUES FRESCHEL

Janvier 2013

 

Double CD LSO Live LSO0701

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