Vu par Zibeline

Peer Gynt d’Henrik Ibsen, 142 ans et pas une ride

Maudit soit Peer Gynt

Peer Gynt d’Henrik Ibsen, 142 ans et pas une ride - Zibeline

Pourquoi Peer Gynt d’Henrik Ibsen créée en 1876 n’a-t-elle pas pris une ride ? Pourquoi la quête de Peer et sa malédiction résonnent-elles encore aujourd’hui ? Parce que Peer est dans le même temps un héros, un mortel et un mythe. Parce que l’adaptation et la mise en scène de David Bobée agissent comme un feu d’artifices avec son tourbillon d’images, de récits, de musiques, de folies scéniques sans jamais perdre de vue l’essentiel de la trame originelle. L’affabulation, la quête de soi, la lâcheté. Portée par une troupe aussi éclectique que magnifique dans sa présence inspirée, la pièce repose sur la brillante performance de Radouan Leflahi, d’une sincérité troublante dans tous ses états. Effronté, farouche, vaurien, bagarreur, baratineur, imposteur pris au piège de ses propres mensonges. Avec la frénésie de la jeunesse, il mord goulûment dans une vie qui ne pourra jamais lui donner le bonheur tant il se vautre dans la veulerie, la tromperie, la violence, le déni malgré toute l’attention d’une mère aimante. Mais lucide : « un cochon de fils comme toi ! »… Son destin est cauchemardesque et ses rêves inaboutis, car celui qui se croyait roi ou empereur terminera sa course dans une solitude effroyable. David Bobée crée un théâtre cinématographique dans lequel le spectateur plonge avec délectation durant 3h40, excepté quelques « minuscules longueurs », et son immersion est totale dès le rideau levé. Dans une ambiance de fête foraine où les montagnes russes ont remplacé les montagnes norvégiennes, les scènes s’enchaînent en une succession de tableaux vivants ; c’est la place du cirque avec sa danseuse et son musicien, la place du village avec son forgeron, la cour de ferme à l’orée d’une noce, la montagne peuplée de trolls, l’antichambre d’une société du CAC 40, un bateau dans la mer du Nord. David Bobée et ses compagnons de théâtre chevauchent avec fougue la monture de Peer qui court au devant de son destin, aveuglé par son individualisme triomphant.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2018

Peer Gynt a été joué les 8 et 9 février au théâtre Les Salins, scène nationale de Martigues

Photo : Peer Gynt -c- Arnaud Bertereau


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net