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Laurent Mauvignier et Angelin Preljocaj invités des Écritures Croisées

Matières et grammaires

Laurent Mauvignier et Angelin Preljocaj invités des Écritures Croisées  - Zibeline

Les Écritures Croisées ont permis, en les mettant en présence, de comprendre comment Laurent Mauvignier et Angelin Preljocaj travaillent leur matière. L’auteur évoque la naissance de son texte, Ce que j’appelle oubli, l’inspiration due à Koltès et celle d’une affichette de presse sur les mots d’un procureur «un homme ne devrait pas mourir pour si peu». Puis l’écriture en deux temps, à la main en une semaine sur un carnet, et la reprise, longue, attentive, précise, trois mois sur les virgules (et l’on dit que je n’ai pas de ponctuation parce qu’il n’y a pas de points !) pour ne jamais casser le rythme : «Je voulais garder la spontanéité de la première version… mais aussi tordre les phrases pour que l’on n’en retrouve plus les jointures

Pas de points en effet, «pas de gadget», mais la volonté d’éditer une syntaxe nouvelle, livrer des indications de partition, avec un travail sur la parole «plus rythmique que musical, il n’y a pas de mélodie». Le thème tragique raccrochant son récit au genre littéraire du tombeau suggère Gérard Meudal ? «Oui, je l’ai écrit, porté comme ça. Ce n’est pas un roman, la parole est portée par une tierce personne afin d’assumer une distance, quelque chose qui élève la langue, trouve une hauteur de ton, mais reste en même temps très concret, reste sur un plan intermédiaire pour retrouver la sensualité de la langue.»

Adapter ce texte à la danse alors qu’il n’a jamais été pensé pour le spectacle, «c’est lui accorder une autre grammaire, physique, fonder de nouveaux points d’appui pour créer une danse» explique Angelin Preljocaj. Il faut pour traduire cette «violence extrême et cette sensualité sublime», créer des «logiques que nous n’avons pas dans notre quotidien, trouver les dissonances et aussi les consonances qui s’accordent au texte». La confrontation des deux grammaires nous livre une œuvre forte toute de tension, qui sait explorer les limites du dicible (voir Zib’56). «Le ballet est très masculin, 6 garçons et un narrateur, accompagnés par le son du drame plutôt que par de la musique. Le rythme du texte est à retrouver dans la danse avec ses articulations. Parfois elles ne coïncident pas, je dois partir à d’autres endroits, le texte devient un problème géographique.» Car la grammaire de la danse se déploie aussi dans l’espace.

MARYVONNE COLOMBANI

Février 2013

 

La rencontre a eu lieu le 15 janvier à la Cité du Livre, Aix-en-Provence, en prélude des représentations de Ce que j’appelle oubli (éd. Minuit) au Pavillon Noir, Aix


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