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Rencontre des cultures de la Méditerranée à l’Opéra de Toulon

Match au sommet

Rencontre des cultures de la Méditerranée à l’Opéra de Toulon - Zibeline

Un peu à l’image d’un match de foot, quand Rossini et son librettiste Angelo Anelli provoquèrent la rencontre entre deux cultures méditerranéennes en 1813 dans L’Italienne à Alger, ce n’était que pour la beauté du spectacle, un prétexte à une série de joutes vocales ébouriffantes et non dans le but d’opposer deux nations aux mœurs éloignées. L’ayant très bien compris, le metteur en scène Nicola Berloffa a imaginé pour cette saison à l’Opéra de Toulon un « Dramma giocoso » plus comique que tragique, l’aspect dramatique de l’œuvre ayant été littéralement balayé au profit du burlesque et de la bouffonnerie, art dans lequel le compositeur transalpin savait exceller avec truculence. Déjà auteur d’une scénographie enjouée dans Un Ballo in Maschera la saison précédente, il signait également ici les costumes, aidé par les décors ad hoc et somptueux de Rifail Ajdarpasic, donnant à l’ensemble une cohérence esthétique sans faille et visuellement saisissante. Dans ce duel au sommet, c’est Francesco Cilluffo qui arbitrait les innombrables airs, duos et ensembles d’envergure que compte la partition, dirigeant d’une main alerte l’orchestre et les chœurs, personnages eux-mêmes de cette comédie délirante où triomphe in fine l’intelligence féminine. Le plateau de solistes ne déméritait pas et emportait l’adhésion des amateurs d’opéra italien, emporté avec autorité par Andrea Mastroni qui donnait au personnage de Mustafà (basse) un caractère patibulaire, mélange subtil d’autoritarisme pervers et de naïveté placide. Cette incarnation mettait en orbite la performance des deux rôles principaux, Laura Verrecchia (Isabella, plus mezzo qu’alto), et Alasdair Kent (Lindoro, ténor) qui rivalisaient de talent et de technique pour venir à bout d’un bel canto redoutable où l’on regrettera juste un léger manque de puissance, dû à des timbres singuliers mais au demeurant légers sur certaines parties de la tessiture. À ce bémol près, l’articulation musicale excellente et le jeu scénique parfait emportaient l’auditoire dans une pyrotechnie vocale digne d’éloges.

ÉMILIEN MOREAU
Mai 2018

L’Italienne à Alger a été donné les 13, 15 et 17 avril à l’Opéra de Toulon

Photographie : L’Italienne à Alger ©Cédric Delestrade


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