Le jeune Karl Marx de Raoul Peck sort en salles le 27 septembre

Marx, le biopicVu par Zibeline

• 27 septembre 2017⇒4 octobre 2017 •
Le jeune Karl Marx de Raoul Peck sort en salles le 27 septembre - Zibeline

Jusqu’ici, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le transformer. Karl Marx, 1845

Le marxisme n’est pas dans le vent. Seul Raoul Peck, haïtien, Président de la Fémis, universitaire, activiste politique et ex-ministre, qui a réalisé des documentaires et des fictions sur son pays, sur le Rwanda, et l’imparable et remarquable I’m not your negro l’an dernier… pouvait se permettre le biopic. Qui était projeté en avant-première aux journées du PCF au Festival d’Avignon, à l’Université d’été du PCF, sera à la Fête de l’Huma, mais était aussi à l’Université d’été du NPA et à celle des Insoumis à Marseille. Est-ce à dire que Marx rassemble les Gauches ? C’est pourtant l’inverse que Raoul Peck met en scène, dans son propos et dans son esthétique.

En effet il a réalisé un film de genre, historique, la véritable reconstitution d’une époque, avec ses usines, ses rues, ses costumes, son mobilier, ses paysages et ses langues. La photographie est superbe et le film, polyglotte, parle dans les langues originales de Marx et de Engels : Allemand, Anglais, Français. Il cherche et trouve ainsi un réalisme soigné à rebrousse-poil des modes : sans naturalisme, c’est-à-dire sans caricature de la pauvreté ou de la bourgeoisie, sans effet démonstratif de caméra et sans décalage anachronique. Car Le Jeune Karl Marx ne veut pas convaincre de la nécessité du marxisme en suscitant l’émotion autour des souffrances du prolétariat ou de l’héroïsme des grandes grèves, ni en faisant des parallèles avec notre époque, moins encore en assénant des aphorismes politiques : le film retrace la genèse de l’élaboration d’une pensée, en montrant contre quoi, avec qui, et par quels tâtonnements et révélations, la théorie marxiste a vu le jour, et a commencé à se répandre parmi les socialismes en Europe, alors que la Révolution Industrielle installait un capitalisme ravageur.

Et la démonstration est convaincante : en 1845, alors que Proudhon, charismatique, rassemble ses fans autour de ses constats et de ses luttes, que les hégéliens de gauche se perdent en conjectures autour de la « critique critique », que d’autres voient dans le socialisme une quête mystique ou philosophique, que Bakounine accumule les échecs libertaires et que les syndicats anglais s’imposent des rituels de passage hérités des confréries, Marx et Engels se rencontrent, analysent les rapports de force, le système économique, les plus values et l’exploitation, s’y opposent, théorisent, et passent à l’action. Bref c’est en documentariste que Raoul Peck écrit sa fiction, et le scénario de Pascal Bonitzer permet aussi de rappeler combien Marx était jeune, pauvre, pourchassé lorsqu’il a écrit Le Manifeste du Parti Communiste (1848), combien celui-ci a changé l’Europe, ce que sa riche épouse Jenny (Vicky Krieps) et Friedrich Engels (Stefan Konarske), industriel anglais, tout deux en rupture de ban, lui ont apporté dans l’analyse et la rédaction.

La distribution volontairement internationale est formidable, en particulier Olivier Gourmet en Proudhon, même si on croit peu aux problèmes de santé et à la faiblesse de constitution d’August Diehl en Karl Marx !

Le film, présenté au Festival de Berlin, a reçu un accueil mitigé, la plupart des critiques lui reprochant de ne pas être divertissant, et décidément trop politique. Un compliment ?

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2017

Le jeune Karl Marx
Raoul Peck
Sortie en salles le 27 septembre

Photo : Le Jeune Karl Marx, de Raoul Peck -c- Kris Dewitte