Martin Eden de Pietro Marcello, moment de cinéma

Martin EdenVu par Zibeline

Martin Eden de Pietro Marcello, moment de cinéma - Zibeline

En 1909 paraissait Martin Eden que Jack London écrivit à bord de son bateau, un « roman de 140 000 mots, une attaque contre la bourgeoisie et les idées bourgeoises. » En 1914, Hobart Bosworth en fait la première adaptation au cinéma. Et quelque 110 ans plus tard, Pietro Marcello s’attaque à ce qui fut le premier bestseller de l’histoire de la littérature, livre qui a été pour lui et son coscénariste, Maurizio Braucci « le roman de formation, le livre qui a influencé notre jeunesse et nos rêves en déterminant notre vision du monde. »

On n’est plus à Oakland et Berkeley mais à Naples, qui pourrait être n’importe quelle ville portuaire du Sud. Ruth Morse, « fleur d’or pâle sur une tige fragile », la sœur du jeune Arturo à qui Martin a porté secours lors d’une rixe, devient Elena Orsini, sobrement incarnée par Jessica Cressy. Martin Eden, « jeune homme de 20 ans au front carré, bombé, couronné d’une forêt de cheveux châtains dont les vagues légèrement bouclées devaient tenter les mains caressantes des femmes », c’est Luca Marinelli qui l’interprète, superbement, un rôle qui lui a valu, à juste titre, la Coupe Volpi , prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise. Pietro Marcello qui avait réalisé La Bocca Del Lupo en 2009 et Bella e Perduta en 2011, a choisi de ne pas ancrer son film dans une seule époque mais de « raconter notre histoire, celle de ceux qui ne se sont pas formés dans la famille ou à l’école mais à travers la culture rencontrée en chemin. » Et la première rencontre de ce marin issu du peuple est celle de l’amour. C’est Elena, une jeune bourgeoise, qui va lui faire découvrir la littérature, lui prêter une grammaire, lui donner le goût d’écrire. Sa rencontre avec le poète Russ Brissenden (Carlo Cecchi) va lui faire approcher le socialisme et la liberté de pensée.

Le film commence par le récit de la vie de ce marin devenu un écrivain célèbre ; « le monde est plus fort que moi », confie-t-il à un enregistreur. Et le film va parcourir tout le XXe siècle, Pietro Marcello, qui est aussi documentariste, alterne séquences narratives et images d’archives, sorte de contrepoint pour raconter la grande Histoire ou l’enfance de Martin. Images retravaillées, souvent, bleutées, colorées en sépia, rappels du passé comme la danse joyeuse de deux enfants, -Martin et sa sœur-, ou symboliques comme le voilier bleu qui coule au moment où Martin commence à publier. Il filme en gros plans les visages des gens de la rue, fatigués, marqués par la misère qui contrastent très fort avec les bourgeois que fréquentent Elena. Brouillant les temps, il n’hésite pas à nous faire écouter la chanson de Joe Dassin, Salut. Les images récurrentes de Martin en train de taper sur sa machine à écrire ou des manuscrits avec mention « Retour à l’expéditeur » renvoient aussi au roman dont Pietro Marcello a fait une superbe adaptation. Un moment de cinéma qui ravira tous ceux qui ont aimé le roman de Jack London et donnera aux autres le goût de le (re) lire.

ANNIE GAVA
Octobre 2019

Le film, présenté en avant-première à La Baleine le 12 octobre est sorti en salle le 16 octobre (2 h 08)

Photo © Shellac

Cinéma La Baleine
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