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Pour la trentième et dernière fois, Martigues se pare des couleurs du monde

Martigues aux couleurs du monde

• 21 juillet 2018⇒28 juillet 2018, 21 juillet 2018⇒28 juillet 2018 •
Pour la trentième et dernière fois, Martigues se pare des couleurs du monde - Zibeline

Émotion sensible au canal Saint-Sébastien lors de l’ouverture du trentième et dernier Festival International des danses, musiques et voix du monde de Martigues. Sont énoncés, en litanie évocatoire, les chiffres : plus de… 150 pays, 200 spectacles, 3000 rendez-vous, 15 000 artistes… Et le pari réussi de ces « fadas, dans le sens de personnes touchées par les fées » (la fée, fado en provençal), qui se lancèrent dans l’aventure d’un festival en espérant le voir tenir 10 ans… Ce seront trente années de rencontres, de découvertes, d’histoires d’amitié, d’amour, qui, festival après festival, nous ont toujours donné la sensation d’appartenir à une même planète, aux terres multiples, riches, passionnantes, dont l’apport nourrit l’esprit et le cœur de chacun, de tous.

Ce 23 juillet, on a assisté à l’entrée somptueuse des groupes invités sur la rive où se trouvent les gradins combles : défilé coloré, illuminé de sourires partagés avec un public enthousiaste. Au centre de chaque groupe, sa mascotte, rayonnante, versait du sable dans un récipient traditionnel, image d’un temps inexorable, marqué par ces sabliers rudimentaires, tandis que sur la scène du canal un arbre pousse harmonieusement, plongeant ses racines dans tous les humus de la planète Terre. « Terre de bienvenue, enrichie de toutes les autres, terre d’accueil à toutes celles du monde » Et l’on a envie de croire à cette utopie vivante qui résiste face aux terrifiants abandons que l’on connaît. Tous les groupes de la soirée s’unissent en une même chorégraphie. Harmonie des peuples de bonne volonté…

Légendes, mythes, rites et danses se mêlent alors, présentées avec finesse et humour.

Embarquement immédiat pour ce grand périple autour du monde.

Voici le Chili et l’ensemble Mata Ki Te Rangi, né à Villa Alemana en 2013, symbole de la culture Rapa Nui, peuple dont une partie habite à Santiago du Chili et l’autre à 3700 kilomètres des côtes, sur un des territoires les plus isolés du monde, l’île de Pâques. Tous les ans, au moment de la migration des aigles, les jeunes gens doivent aller chercher un de leurs œufs. Le vainqueur est honoré toute l’année qui suit. Conque, guitare, ukulélé, bombo, congas, lancent l’appel à des danses tribales qui valorisent la force physique mais aussi la grâce des femmes.

On s’envole sur les bords de la Volga pour admirer les évolutions de Bumbin Orn, représentants de la Kalmoukie, ancien pays de l’URSS, qui a pour particularité d’abriter le dernier peuple lamaïste bouddhiste, descendant des Mongols, les Oïrats. Parmi les instruments notables de leur orchestre, on pouvait remarquer le « morin khuur », « vielle à tête de cheval ». Les danses kalmoukes, légères et puissantes, soulignent sans doute la signification du nom de ce peuple, Kalmouk, « ceux qui sont restés ».

On retraverse les océans et nous accueille au Brésil l’ensemble Flor Ribeirinha du Mato Grosso, fondé au XVIIe sur les terres des indiens Coxiponés. Ensembles dynamiques, virevoltants, costumes emplumés de carnaval, la samba enflamme le canal Saint-Sébastien !

 

Le Mexique rivalise avec son voisin du sud dans la beauté des costumes auxquels s’adjoignent de fantastiques motifs dessinés à même la peau des danseurs Mexicanísimo, qui interprètent le mythe aztèque de la fondation de leur capitale Tenochtitlan (emplacement de l’actuelle Mexico), à l’endroit où se tenait un aigle (aujourd’hui représenté sur le drapeau mexicain) perché sur un cactus et qui mangeait un serpent. La lutte entre les deux animaux fait l’objet d’une danse à l’expressivité intense, qui conjugue mouvements d’ensemble et fulgurants pas de deux.

En intermède musical endiablé, Los Jόvenes Clásicos Del Son de Cuba déclinaient leurs airs ponctués de maracas, d’interpellations joyeuses au public, et de rythmes invitant à se dégourdir les jambes !

Quelle jeunesse talentueuse que celle de l’ensemble Davlati (fondé en 2005 par le chorégraphe Goga Mosia), issu de Géorgie ! Imprégnées des influences de l’Orient, de l’Occident, de la Russie, leurs évolutions vives et spectaculaires rendaient compte d’un héritage populaire multiple, qui narre le passé militaire et agraire des populations locales.

Attendue par le public martégal, La Capoulièro, fondatrice du festival, apportait son indéfectible enthousiasme. Elle a choisi de proposer la danse autour du feu de la Saint-Jean, fête des moissons et de la lumière, porteuse d’espoirs, de vœux… Tambourinaires (trois) et danseurs (deux) de la première heure se joignirent à la troupe. « Pas d’arthrose pour les Capous ! ». Émotion sensible, traduite par des ovations !

Le Théâtre de Danses de Kazan est nourri de la mosaïque ethnique qui compose le Tatarstan, dont les fameux Tatars que conquit au XVIe siècle Ivan le Terrible. C’est à un mariage traditionnel que nous étions conviés, ou plus précisément à l’arrivée de la fiancée chez son promis. Échanges rituels de cadeaux, partage de la nourriture, jeux autour des longues pièces de tissu offertes, tendresse, costumes aux couleurs chatoyantes… Une convivialité qui semblait être un écho de celle du festival.

Feu d’artifice, groupes rassemblés sur le plateau, en une samba enfiévrée… Déjà ? Il est minuit passé, certains refluent vers les festivités tardives au Village du Festival… Difficile d’abandonner la fête !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

Spectacle d’ouverture du Festival de Martigues, 23 juillet

Photographies : soirée d’ouverture © MC