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Retour sur les spectacles de la Biennale Internationale des Arts du Cirque à Marseille

Marseille, sensations risque

Retour sur les spectacles de la Biennale Internationale des Arts du Cirque à Marseille - Zibeline

Sur cinq spectacles vus lors de cette première quinzaine marseillaise, un seul laisse un goût d’inachevé : Benja, par la troupe brésilienne Borogodo, conte l’histoire d’un fils d’esclave, qui deviendra le premier clown noir brésilien. Les effets visuels, en vidéo et numérique, sont réussis, et la samba donne le rythme. Le reste est un peu court. De la contorsion, de l’acrobatie au tissu, et un univers de clown qui mériterait d’être bien plus développé.

Celui des Nouveaux Nez, en revanche, est plus qu’abouti. Dans Triiio, Felix, Fritz et Piola ne fixent aucune limite à leur art du clown. Un blanc et deux Auguste, la recette est rodée, mais sans cesse renouvelée par ces trois dingues qui jouent de l’outrance et de la répétition du comique de répétition avec un immense talent. Les artistes sont déjà en piste dès l’entrée du public, et le ton est donné. Ils placent et déplacent les spectateurs, s’approprient leurs vestes ou leurs sacs. Puis ils déroulent un mélange d’absurde, de musique et de poésie. Un petit souffle d’anarchie flotte également quand, après une pluie de chapeaux tombée sur le public, les enfants sont invités à se précipiter sur la piste pour les ranger dans une malle. Le trio conclut son délire par une pyramide humaine, mais pour plus de sécurité, elle sera réalisée au sol.

Les Finlandais de Race Horse Company ne prennent pas tant de précautions. Leur spectacle Super Sunday est une succession de prises de risque de haut vol. Avec cette capacité qu’ont parfois les circassiens de nous faire complètement oublier le danger, les artistes se propulsent avec une bascule, virevoltent d’un trampoline à l’autre, se catapultent littéralement dans une bâche tendue en l’air ou défient l’attraction terrestre sur une roue de la mort lancée à pleine vitesse.

La prise de risque au trapèze, cerceau, mât chinois ou fil de fer, est élevée également pour Les Colporteurs et Sous la toile de Jheronimus. Inspiré par Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch, le spectacle, qui repose sur l’animalité, alterne harmonie et chaos, douceur et agressivité. L’effet reste cependant parfois confus et les intentions pas toujours lisibles. Et malgré ce qu’indique le livret de la BIAC, le spectacle n’est pas accessible dès 6 ans. Certains enfants de classes de primaire qui y ont assisté en ont été choqués.

Cela ne peut pas être le cas avec Réversible des 7 Doigts de la Main, véritable féerie de beauté, d’émotions et de grâce profondes. Le niveau technique de la troupe québecoise est complet et exceptionnel. Dans un décor mouvant, d’un côté la rue, de l’autre la maison, les artistes évoquent leurs racines, leurs ancêtres et toutes les sensibilités humaines. Amour, joie, colère, tristesse, tous ces états sont traduits en mouvements : danse, acrobaties, tango jonglé, chorégraphie au skate, portés, sauts périlleux, équilibre, de ces quatre femmes et quatre hommes émanent une harmonie, une solidarité, une intensité, que seul le cirque peut offrir.

JAN-CYRIL SALEMI
Mars 2017

Photo : Super Sunday © Petter Hellman

La Biennale Internationale des Arts du Cirque a eu lieu jusqu’au 19 février à Marseille et dans 25 autres villes de Provence-Alpes-Côte d’Azur