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Vu par Zibeline

En avant-première au festival Nouv.o.monde à Rousset : Titli, une chronique indienne de Kanu Behl

Mariages à l’indienne

• 15 mars 2015 •
En avant-première au festival Nouv.o.monde à Rousset  : Titli, une chronique indienne de Kanu Behl - Zibeline

«Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants»: la formule finale des contes de fées pourrait légender la dernière séquence du film de Kanu Behl : Titli, une chronique indienne, projeté en avant-première, le dimanche 15 mars à Rousset dans le cadre du festival Nouv.o.monde. Mais ici les protagonistes sont déjà mariés (même si cette union arrangée par les familles n’est pas consommée), on ne verra aucune fée leur donner un coup de main (ou de baguette), et ils n’arriveront à cette conclusion qu’après désillusions, ruptures et trahisons. Les mariages, dont il est beaucoup question dans ce film, ne sont pas le dénouement d’une histoire d’amour mais s’imposent, se contractent, se dissolvent ou justifient benoîtement par leur coût excessif, les malversations d’un policier ripou. Il y a bien un Prince dans l’histoire mais c’est un promoteur immobilier, pathétique séducteur englué dans ses mensonges. Les «merveilleux» décors de carton-pâte bollywoodiens laissent place à un Delhi aux mille chantiers, âpre, violent, qu’on parcourt en bus ou en scooter. Ville en métamorphose comme le personnage principal Titli, benjamin oppressé par un père ogresque qui traverse les plans, bouche pleine, bedaine en avant, ou se tient en arrière, le regard lourd. Titli, instrumentalisé par ses deux frères braqueurs de voitures. Titli, dont le prénom indien très féminin signifie «papillon» mais dont la mutation se fait à l’envers. Pour rompre avec cette famille qu’il hait, sortir du trou à rats où on a voulu l’épingler et repartir de zéro avec  Neelu sa jeune épouse – revenue de son rêve sentimental, sa dot intacte – le jeune indien, loin de devenir un inoffensif lépidoptère, rejoint la masse des oppresseurs.

Premier long-métrage du réalisateur, primé à Cannes en 2014 dans la section Un certain regard, le film offre de multiples facettes. Drame familial, récit initiatique du héros aux couleurs autobiographiques, peinture désabusée d’une Inde corrompue où le rêve est d’argent en grosses coupures et où les fins justifient n’importe quels moyens. Comédie noire, grinçante, cruelle, où on crache, vomit, où des braqueurs, éternels losers, attaquent leurs victimes à coups de marteaux, le visage barbouillé du jaillissement d’une hémoglobine d’opérette et s’enfoncent dans une logique de l’échec. On pense parfois à L’argent de la vieille de Luigi Comencini. Il n’est pas facile d’échapper à son destin.

Elise Padovani

Mars 2015

Le film sortira le 6 mai 2015

© UFO Distribution


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