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Vu par Zibeline

Bientôt à Manosque, Maylis de Kerangal signe Un monde à portée de main

Marcheurs de crête

Bientôt à Manosque, Maylis de Kerangal signe Un monde à portée de main - Zibeline

Après les jeunes plongeurs de Corniche Kennedy, les bâtisseurs de Naissance d’un pont, les soignants de Réparer les vivants, voici les « les marcheurs de crête, ceux qui avancent sur la ligne entre deux mondes », « le peuple des faussaires » « les braqueurs de réel, les trafiquants de fiction » d’Un monde à portée de main. Bienvenue dans l’univers des peintres en décor. Ceux qui savent parfaitement imiter le bois, le marbre, la roche…Un monde particulier, une géographie nouvelle, un vocabulaire technique que Maylis de Kerangal se plaît à explorer et à faire partager au lecteur. La romancière n’a pas son pareil pour nous lancer à sa suite dans la découverte d’espaces, de métiers inconnus. Écrire, pour elle, c’est toujours arpenter des territoires inédits. En intégrant leurs codes, leur langue. Et en faisant de ce terreau spécialisé une matière littéraire bien à elle : phrases à perte de lignes, images d’une poésie incandescente, ruptures de ton (avec parfois la surprise d’un « je » pointant son nez au détour d’une description)… Un style inimitable, planté dans un réel archi documenté, et pourtant fougueux, échevelé. Comme l’est son héroïne Paula, que l’on saisit au vol dès le prologue (gorge découverte malgré le froid piquant de la nuit parisienne), et dont on suit la formation rue du Métal à Bruxelles, les premières réalisations, en Italie puis à Moscou, jusqu’au point d’orgue, Lascaux. Comme le sont aussi Jonas et Kate, les deux copains dont elle est restée proche. Cette place faite aux jeunes est également un signe distinctif des romans de Maylis de Kerangal. D’eux, elle sait dire l’étrange beauté, l’énergie, mais aussi la façon plastique de s’adapter à un monde en mutation, de s’y faire une place mine de rien, avec talent, là où leurs parents ne les attendaient sans doute pas. Alors on se laisse emporter par le flot impétueux de cette jeunesse qui avance et qui aime, par les personnages atypiques et attachants que l’intrigue, une fois encore, met en scène. On plonge dans ces facsimilés tellement réussis qu’« on y croit ». Et on tend l’oreille à tous les récits que les lieux charrient, même lorsqu’ils ne sont que décors.

FRED ROBERT
Septembre 2018

Maylis de Kerangal sera présente à Manosque pour la 20e édition des Correspondances, du 26 au 30 septembre

Un monde à portée de main Maylis de Kerangal
Éditions Verticales 20 €