Ikuemän, saisissant spectacle de Rafael de Paula

Marche vitaleVu par Zibeline

Ikuemän, saisissant spectacle de Rafael de Paula - Zibeline

Au centre d’un carrousel formé de cinq mâts nimbés de brume, cinq silhouettes fantomatiques s’avancent. Lentement elles s’en approchent, comme attirées par l’ascension. Dans le clair-obscur que révèlent les lumières les corps semblent suspendus, flottants dans une douce apesanteur. Délicats tableaux qui vont s’animer, provoquant leur chute en un étrange ballet qui les laisse disloqués. À terre. Là, debout, ils entament une étrange chorégraphie, incantation de bras qui s’élèvent pour saluer ces totems érigés, scansion silencieuse impressionnante, exécutée à l’unisson. Avant d’entamer une longue marche, en rond. Se cherchant des yeux, les pas, les mouvements, toujours les mêmes, quête exutoire d’un lieu semble-t-il. Qui serait ni tout à fait celui qu’ils ont quitté, ni vraiment différent. Car à nouveau les mâts se dressent, appels irrésistibles qui les aimantent. Mais alors la communauté fait corps, des couples se forment, suspendus dans les airs, étranges créatures polymorphes, jusqu’à se rejoindre sur un seul et même mât en une sculpture mouvante que la lumière sublime. Saisissant.

Rafael de Paula est un nomade, un déraciné, né au Brésil puis exilé aux États-Unis, maintenant installé en France. Sa dernière création, Ikuemän (qui signifie marcher dans la langue des Kayapos, peuple indigène du Brésil) rend hommage à tous ceux qui sont comme lui, exilés et sans-terre. Dans une esthétique épurée qui tranche avec Nebula et Vigilia, ses précédents spectacles joués en solo ou duo, il met en scène une petite communauté qui se recrée un univers, des rituels, une culture propre. Le geste acrobatique, s’il est très présent, n’est plus seulement vertical, alimenté notamment par des mouvements dansés tout aussi aériens. Entouré de Béatrice Debrabant, Joana Nicioli, Harold De Bourran et Ward Mortier, il provoque un souffle puissant de liberté.

DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2019

Ikuemän a été joué les 10 et 11 octobre au Théâtre d’Arles dans le cadre Des cirques indisciplinés.

Photo : Ikuemän © Vasil Tasevski

Théâtre d’Arles
43 rue Jean Granaud
13200 Arles
04 90 52 51 55
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