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Retour sur les 48h Chrono de La Friche et le percutant Slums

Marathon à la Friche

Retour sur les 48h Chrono de La Friche et le percutant Slums - Zibeline

Passer 48h Chrono dans une Friche en pleine effervescence, c’était l’occasion de voir gratuitement l’exposition d’art contemporain la Dernière Vague, d’escalader la Tour-Panorama qui porte si bien son nom, d’assister à une démonstration de Kyudo (archerie traditionnelle japonaise), ou de croiser l’inusable et fort civil Monsieur Culbuto, l’homme aux millions de shake hands déséquilibrés. On pouvait également se presser sur les étals du Salon «de la micro-édition et du multiple» Vendetta, une initiative du collectif Le Dernier Cri rassemblant graphistes et auteurs «mal distribués, et peu couverts par la presse culturelle». Selon sa co-organisatrice Marie-Pierre Brunel, l’événement accueillait le travail d’une quarantaine de structures dont plusieurs étrangères, venues de Londres, des Pays-Bas, de Barcelone, d’Italie, Suisse, Roumanie et Belgique. «Le Salon est gratuit pour les visiteurs, mais aussi pour les exposants, car le déplacement est déjà lourd pour les micro-éditeurs. Nous essaierons de le pérenniser ; c’est important d’avoir une visibilité, les gens n’achètent plus de livres et c’est bien dommage !» Une belle collection pour ceux que l’esthétique fanzine séduit, et ils étaient plutôt nombreux en ce week-end à la météo diluvienne… «Les marseillais sont courageux, et très curieux» se réjouissait Christophe Siébert, originaire de Montpellier et auteur d’une percutante série littéraire intitulée Un texte par jour jusqu’à ce qu’on crève, vendue à prix libre.

Les villes sauvages

Mais 48 h Chrono, c’était aussi -et peut-être surtout- l’occasion de voir Slums au Théâtre Massalia. Un chant d’alarme lancé par une femme à la voix puissante, splendide dans sa révolte, d’autant plus poignante qu’elle a le ventre rond et donnera bientôt le jour. Dans un monde délétère, où un milliard d’êtres humains peuplent les bidonvilles, cancer urbain de la modernité, et les camps de réfugiés. Où «les pauvres n’ont guère d’autre choix que de vivre en côtoyant la catastrophe» : la misère, l’insalubrité, les déchets toxiques provoquant des maladies étranges, les inondations, le feu, les commandos armés, escadrons de la mort et autres «grupos de limpieza» qui se débarrassent de cadavres d’enfants au quotidien… Un monde où l’on criminalise les pauvres, car «ils ont dans leur camp les dieux du chaos». Où le Pentagone organise des stages d’entraînement au combat de rue, dans les égouts, les logements anarchiques. Bénarès, Gaza, Khartoum, Kaboul, Mexico… Les enfants des slums animés par le désespoir sont partout identifiés comme un ennemi, tout comme le sont les gosses de nos propres cités, et lorsqu’on est témoin de ce texte terrible, assis dans un fauteuil confortable au théâtre, on met un certain temps avant d’accueillir le retour à la lumière, et de pouvoir se lever pour saluer l’artiste qui vient de nous ouvrir les yeux.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2013

Les 48h chrono ont eu lieu du 17 au 19 mai à la Friche la Belle de Mai, Marseille

Photo : Salon de micro édition Vendetta c Gaëlle Cloarec

À venir :

Prochain week-end Made in Friche

les 22 et 23 juin

 


Théâtre Massalia
41 Rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 70
http://www.theatremassalia.com/