Marathon à CannesVu par Zibeline

 - Zibeline

Alors que s’achève le Festival de Cannes et que tout le monde attend le palmarès, une longue file d’attente s’étale, tôt le matin, devant la salle du Miramar. 360 enseignants et étudiants qui s’apprêtent pour un marathon cinéphilique : 30 heures de films non stop, 12 longs métrages et 3 courts, issus de toutes les sections du festival, choisis minutieusement par la commission Cinécole, six enseignants de l’Académie de Nice, coorganisatrice avec Cannes-Cinéma de cette manifestation qui rencontre chaque année le même succès.
Ces programmateurs étaient particulièrement en phase avec les jurys officiels puisque 8 des films qu’ils avaient sélectionnés ont été primés ! La Palme d’Or pour le film de Haneke, le Prix du Jury pour La Part des Anges de Ken Loach ; le Prix d’Interprétation Masculine pour Mads Mikkelsen, dans La Chasse de Thomas Vinterberg ; La Caméra d’Or et le prix Un Certain Regard pour le premier long métrage de Benh Zeitlin, une sorte de conte philosophique en Louisiane, Les Bêtes du Sud sauvage, dans lequel Quvenzhané Wallis, une fillette, crève l’écran ; le Prix Fipresci des sections parallèles pour le premier long de Rachid Djaïdani, Rengaine, sur les relations inter communautaires ; le prix de la SACD pour Les Voisins de Dieu, premier film de Meni Yaesh qui plonge dans l’intégrisme religieux en Israël ; l’Art Cinema Award pour No ! de Pablo Larraín ; la Queer Palm du court métrage pour Ce n’est pas un film de cow-boys de Benjamin Parent.

L’autre palmarès

Après une nuit blanche et pleine, les cinécoliens ont attribué leur coup de cœur à Broken, premier film de Rufus Norris, metteur en scène de théâtre britannique, adapté d’un roman de Daniel Clay, qui avait fait l’ouverture de la 51ème Semaine de la Critique. Dans un quartier populaire, une jeune adolescente, diabétique, Skunk Cunningham (magistralement interprétée par Eloïse Laurence), élevée par son père (Tim Roth) est confrontée à la dureté de la vie, étant témoin d’un acte de violence injuste qui va entraîner les voisins du quartier dans un terrible engrenage de malentendus et de mensonges. Tous les personnages de Rufus Norris ont des fêlures dont certains ne se remettront pas. Alternant scènes de tendresse et de violence, Broken est un film au noir sur les illusions perdues. Autre film fort apprécié et grave, La Chasse de Thomas Vinterberg, réalisateur de Festen, qui suit le parcours de Lucas (le Danois Mads Mikkelsen qui a bien mérité son prix !) travaillant dans un jardin d’enfants, accusé à tort de pédophilie. Immédiatement mis au ban de la communauté, il lutte pour faire reconnaître la vérité mais aussi pour montrer qu’il reste digne face au groupe et à ses attaques. Une mise en scène tendue, sans faille, pour ce film qui parle de la fin de l’innocence et fait mentir l’adage : «La vérité sort de la bouche des enfants.»

C’est ensuite le dernier Ken Loach, la Part des anges, qui a séduit le public. «La part des anges» est une expression qui désigne les 2 % d’alcool qui s’évaporent dans l’air pendant le vieillissement en fût. On suit Robbie (Paul Brannigan) un jeune futur père, quelque peu délinquant, de la banlieue de Glasgow, condamné à 300 heures de travaux d’intérêt collectif : une chance pour lui qui n’en a pas eu beaucoup dans la vie car un éducateur au grand cœur spécialiste de whisky va l’initier à la dégustation et Robbie a un excellent nez ! Il est bientôt capable d’identifier les cuvées les plus exceptionnelles et les plus chères. Avec trois autres malchanceux de la société, ils vont ainsi visiter une distillerie, participer à une dégustation, assister à une vente aux enchères en kilt ! au milieu des riches habitués et… allez voir
la suite ! Ken Loach et son fidèle scénariste Paul Laverty nous font vibrer devant les aventures de ces pieds nickelés ; on rit aux gags et aux bons mots de cette tendre comédie sociale à la morale de Robin des bois.

Juste avant, c’est le Prix Écrans Junior qui a été proposé : Ombline qu’a réalisé Stéphane Cazes, à partir d’histoires entendues en prison. Ombline est une jeune femme qui donne naissance à Lucas qu’elle apprend à élever en prison. Séparée de son fils, placé en famille d’accueil à 18 mois selon la loi, elle se (dé)bat, femme abîmée par la vie parmi les autres dans l’espoir d’en récupérer la garde à sa sortie de prison… Malgré une fin trop appuyée, le film offre de beaux portraits de femmes, surtout grâce au jeu intense de Mélanie Thierry (César du Meilleur Espoir Féminin 2010).

Cette trentième édition de Cinécole s’est achevée avec Amour, mais dans la douleur, avec le superbe et éprouvant film de Haneke, palme d’or d’un autre palmarès au tapis rouge.

ANNIE GAVA
Juin 2012