Retour sur l'édition 2017 des Correspondances de Manosque

Manosque ? Un très bon cru, vieillissantLu par Zibeline

Retour sur l'édition 2017 des Correspondances de Manosque - Zibeline

Les rencontres littéraires de Manosque font partie de ces plaisirs culturels de septembre qui permettent d’accueillir l’automne le coeur moins chaviré. On y retrouve les écrivains dont les pages ont accompagné les derniers jours de l’été, on en découvre d’autres, dont on achète fébrilement les romans qu’on a entendus en lectures, ou qui ont piqué notre intérêt lors des rencontres. On partage le soir au théâtre Jean Le Bleu les correspondances d’écrivains moins récents, et plus tard encore des mots mis en musique. Le plaisir est chaque année identique, et chaque année différent parce que les oeuvres diffèrent, et que des thèmes, des tendances se font jour.

2017 était un très bon cru, puissant, et noir, humour compris. Un air d’apocalypse, de cheminement éveillé vers la catastrophe, et vers le monde d’après, était sensible, avec Marie Darrieussecq, ou Lutz Bassmann représenté par Volodine. L’affirmation que les gens ordinaires, cabossés de la vie, ouvriers (Des châteaux qui brûlent Arno Bertina), réfugiés, caissière ou clients de Franprix (Nos vies Marie Hélène Lafon), ont droit à la littérature. L’autofiction, en tous les cas celle qui a centré pendant quelques années les récits sur le même milieu de la bourgeoisie parisienne plus ou moins argentée, recule. La place est faite à une certaine écriture plus documentaire, engagée, qui se regarde moins écrire, et écrit bien.

Où sont les jeunes ?

Un problème cependant devient chaque année plus sensible, et patent. Si les tickets distribués 30 minutes avant les lectures gratuites ont aidé à gérer les flux ; si la fréquentation des rencontres, le public qui reste debout deux heures, ceux qui amènent leurs pliants, si la ferveur des échanges, la chaleur des dédicaces, ne se démentent pas avec le temps ; force est de constater que la moyenne d’âge du public augmente chaque année, et qu’il reste très majoritairement féminin. Non que les têtes grises, ou colorées, qui représentent en France la moitié des adultes, soient un mauvais public, et elles ont bien le droit d’aimer la littérature ! Mais il est déplorable que les jeunes, et les hommes, en semblent si éloignés : si Les Correspondances ne sont pas responsables de leur détachement progressif du livre, elles devraient tenter d’y remédier.

Que faire ? Sacrifier au numérique parce les écrans et les mobiles sont devenus le mode de lecture majoritairement écrasant serait renoncer à la littérature. Mais travailler plus près de Manosque, avec les étudiants d’Aix-en-Provence, ceux des Métiers du livre, de l’IEP, de Littérature, permettrait d’ouvrir les portes, si un accompagnement -très concret, des bus !- leur était proposé. De même un renouvellement des Ecritoires, une autre manière de déployer la littérature dans l’espace public sans renoncer aux rencontres et aux lectures, de repenser également la participation du public qui pourrait, comme aux début des Correspondances, être invité à écrire. D’ouvrir les concerts à d’autres musiques, aussi. Sans perdre ce qui fait le charme de Manosque, la proximité, la connaissance intime des textes par les modérateurs (formidable Maya Michalon), la pertinence du choix des invités, et un sens de la convivialité exceptionnel…

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2017

Les Correspondances ont eu lieu à Manosque du 20 au 24 septembre.
Lire le compte rendu des lectures en suivant ce lien ou celui des apéros littéraires sur celui-là.
Photos : Arno Bertina -c- Charlotte Dupenloup et Sieste littéraire Manosque 2017 -c-Chris Bourgue

Sieste-littéraire-Manosque-2017-c-Chris-Bourgue