Le Portrait de Manon, un opéra rare de Jules Massenet représenté à l'Opéra de Marseille

Manon saison IIVu par Zibeline

Le Portrait de Manon, un opéra rare de Jules Massenet représenté à l'Opéra de Marseille - Zibeline

La jauge de l’Opéra de Marseille est-elle trop grande pour l’affiche proposée au public, le samedi 3 octobre, entre les représentations de Manon de Massenet ? Quoi qu’il en soit, on espérait plus de monde pour le Portrait de Manon, opéra en un acte, imaginé par le compositeur pour donner une suite à son célèbre opus tiré de l’«Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut»…

Tant mieux, en tous cas, pour les amateurs venus découvrir cette «rareté», car le spectacle est d’une haute tenue et l’œuvre intéressante à divers points de vue ! Des Grieux a vieilli et se souvient de Manon, longtemps après sa mort, contemplant souvent son portrait. Il revit, à travers les amours d’un jeune couple d’adolescents adoptés, son ancienne passion, tout autant que les réticences originelles de son propre père. La partition se pare de citations mélodiques de Manon, au gré d’une ambiance nostalgique, douce-amère, ou se mêlent chants et dialogues parlés. Dans le décor du 2e acte de la production de Manon, à l’affiche jusqu’au 7 octobre, Yves Coudray met en scène un remarquable quatuor de chanteurs. Le baryton Marc Scoffoni (Des Grieux) possède une déclamation claire, nuancée, qui se prête à souhait à l’emploi du Chevalier nostalgique, Jennifer Michel (Aurore) est toute de jeunesse pétillante et son soprano vibrant, scintille et enchante, Antoinette Dennefeld (Jean) est une mezzo travestie de haut-vol, quand le ténor Rodolphe Briand (Tiberge) tire profit du coté «bouffe» de son personnage. Pari gagné, car le public accueille l’ouvrage avec un évident plaisir !

À bon escient, le jeune chef Victorien Vanoosten (talentueux assistant de Lawrence Foster) met à l’affiche deux œuvres contemporaines de Manon (1894) interprétées par l’excellent Orchestre de l’Opéra. C’est sous la forme d’une chorégraphie qu’on goûte au Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. Julien Lestel dessine un duo sensuel, épousant les courbes debussystes, tout en souplesse végétale et arabesques, avec quelque clin d’œil au geste originel de Nijinsky. Le programme, particulièrement varié, est magnifié par la célèbre Méditation de Thaïs (et son Ballet brillamment joué à l’orchestre). Le merveilleux solo de Da-Min Kim (Super-soliste de l’Orchestre de l’Opéra), enrobé par les vocalises du chœur, fait frissonner l’auditoire. Superbe !

JACQUES FRESCHEL
Octobre 2015

Photo : Jennifer Michel © Arnaud Hervé

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