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Mama d'Ahmed El Attar, satire sociale d'une famille égyptienne

Mama, une histoire bourgeoise

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La satire sociale de l’Egyptien Ahmed El Attar a ouvert les Rencontres à l’échelle

Un salon cossu au Caire. Une grand-mère bougonne. Une belle-fille hautaine. Une petite-fille indisciplinée. Et même une domestique nonchalamment aguicheuse. Malgré le vernis de l’élégance et de l’autorité, on aurait tort de croire ces femmes émancipées. Leur rivalité, jeux de pouvoirs et fausses amabilités cachent mal leur impuissance à régir la maisonnée. Quand la moralité vacille, leurs agitations n’y font rien. Une seule personne est habilitée à faire respecter l’ordre : le grand-père.

Sous de faux airs de modernité, c’est une famille soumise à l’ordre établi patriarcal que dépeint Ahmed El Attar, dans un style classique et convenu. On regrette par ailleurs le sous-titrage bâclé qui, aux dires de spectateurs arabophones, appauvrit une écriture plus subtile qu’il y paraît. Dans ce portrait de groupe manquant quelque peu de virulence, la bourgeoisie égyptienne post-printemps arabe est tout autant empêtrée dans son conservatisme. L’emploi de mots anglais au milieu des conversations n’y change rien. Même l’adolescente tentée par une amourette avec le chauffeur de son père cède à la réprimande. Alors que le projet de mariage arrangé avec un cousin installé à Bruxelles ne l’enthousiasme guère, la jeune fille préfère étouffer sa rébellion en se réfugiant dans le rigorisme religieux. Une question survient alors : l’oppression masculine ne se nourrirait-elle pas d’une forme d’acceptation par les femmes de la position que leur dicte la société ?

Derrière la comédie familiale pointe la satire sociale. Au-delà du poids de la tradition dans les rapports entre les sexes, Mama évoque aussi les rapports de classe. On commande du thé venu de Londres et des chocolats ramenés de Dubaï à un personnel de maison traité avec mépris. Quant à l’agitation populaire, elle résonne comme une promesse de chaos et de décadence. Et le salon cossu du Caire devient celui de la caste de tous les privilégiés de la planète.

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2018

Mama a été jouée le 10 novembre au théâtre du Merlan, à Marseille. Les Rencontres à l’échelle se poursuivent jusqu’au 1er décembre.
lesrencontresalechelle.com

Photo : Mama -c- Mostafa Abdel Aty


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/