Image de Ville présente en avant-première : The other side de Roberto Minervini

Malaise dans les margesVu par Zibeline

• 15 novembre 2015 •
Image de Ville présente en avant-première : The other side de Roberto Minervini  - Zibeline

Dernière séance aixoise du festival Image de ville avec The Other Side de Roberto Minervini, en avant-première au cinéma le Mazarin le 15 novembre. Présenté à Cannes dans la section « un certain regard », le film avait attiré l’attention suite aux réactions contrastées des festivaliers. Minervini ne fait effectivement pas dans le consensuel, et son film pour le moins complexe provoque autant de fascination que de malaise, autant de curiosité que d’incompréhension. S’agit-il d’un documentaire ou d’une fiction ? Minervini sape les certitudes du spectateur, désorienté par la perversion des codes de ces deux genres. Le générique fait pencher vers le documentaire : Mark et Lisa jouent leur propre rôle, un couple qui passe le plus clair de son temps à fumer tout ce qui peut se fumer et s’injecter tout ce qui peut s’injecter, s’aimer, s’engueuler quand le trip déraille, se réfugier dans la nature luxuriante de la Louisiane comme un éden où la nudité triomphante permet d’échapper à l’idée de la prison passée ou à venir, à la misère crasse, à la mort imminente. Ainsi la répulsion que provoquent certaines scènes se superpose à la tendresse émouvante d’autres scènes et ces sentiments sont exacerbés par l’utilisation des plans rapprochés que privilégie Minervini, dans une intimité troublante avec ses personnages. Le montage ne ménage pas non plus le spectateur, un peu perdu dans la succession de scènes d’une narration éclatée où l’ellipse s’impose. C’est si vrai qu’aux deux tiers du film Mark, Lisa et leurs comparses disparaissent brutalement de l’écran. Autre lieu, autres personnages tout aussi terrifiants. Des milices paramilitaires s’entraînent pour se protéger d’une prochaine invasion de l’intérieur, de la menace d’une loi martiale imposée par des démocrates honnis, qui menacerait les sacro-saintes libertés fondamentales, dont bien entendu celle du port d’armes. Paranoïa collective dans une idéologie confuse où se mêlent racisme et suprémacisme blanc que l’élection du « tyran négro » Obama a hystérisé, alors que l’intervention américaine au Moyen-Orient est condamnée au motif qu’une si jeune nation ne peut donner de leçons à des cultures si anciennes. Acmé du film au moment de l’Independence Day qui devient une fête orgiaque, imprégnée de violence diffuse, où la bière coule à flots, où les pulsions sexuelles s’expriment dans des simulations obscènes. De la vision intimiste de la première partie du film à la vision collective de la seconde, Minervini nous plonge jusqu’au malaise « de l’autre côté », dans une frange de l’Amérique où règnent le racisme, la violence, la haine, frange qui éprouve si fortement marginalisation, rejet, peur panique de se sentir étranger sur son propre sol. Propos universel de ce film qui suscite des sentiments contradictoires, mais en tout cas pas l’indifférence.

ANDRÉ GILLES
Novembre 2015

Le film sortira en salle le 25 novembre.

Photo © AGAT FILMS & Cie – OKTA FILM – ARTE

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