Une pièce de théâtre documentaire met en scène la fin de règne de Jean-Claude Gaudin

Maire Ubu, assassinVu par Zibeline

• 21 mai 2021⇒23 mai 2021, 16 juillet 2021⇒17 juillet 2021, 25 septembre 2021⇒26 septembre 2021 •
Une pièce de théâtre documentaire met en scène la fin de règne de Jean-Claude Gaudin - Zibeline

Michel Couartou, journaliste spécialiste des pratiques urbaines, ancien président du Club de la presse Marseille-Provence-Alpes du Sud, est aussi un homme de théâtre. Lorsque, le 5 novembre 2018, deux immeubles s’effondrent dans le quartier de Noailles à Marseille, tuant huit personnes, il est frappé -mais sans doute pas étonné- par la réaction navrante de la classe politique, réunie autour du Maire de la ville, Jean-Claude Gaudin. Au fil des mois, il s’avère que d’autres effondrements menacent. Pour échapper à sa responsabilité pénale, la municipalité organise brutalement l’évacuation de très nombreux bâtiments mis en arrêté de péril, tandis que la population, révoltée par le cocktail d’indifférence et de maltraitance des pouvoirs publics, manifeste. Michel Couartou collecte les petites phrases lors des prises de parole des élus, les articles de titres locaux et nationaux, matériaux d’une pièce documentaire, Maire Ubu, ou la complainte des délogés.

Empruntant la manière de fabliaux médiévaux, il parvient à restituer l’ambiance des derniers mois de l’ère Gaudin, entre auto-complaisance et déni. Tout y passe, du « Marseille bashing » utilisé pour se poser en victime, à l’iniquité des élus-marchands de sommeil pris les doigts dans le gâteau de la CAF. L’éminence grise de « Maire Ubu » (Éric Brunel) le congratule pour ses bons mots : « c’est très bien, “un capitaine ne quitte pas le navire en pleine tempête”, ça montre que vous êtes toujours le capitaine ». Une journaliste (Dany Schinzel) le suit à la trace pour lui demander des comptes sur sa politique d’exclusion sociale ; il répond par une diatribe contre « la mentalité crypto-marxiste qui perdure dans les gazettes ». Car « s’il n’y a plus de riches, qui nourrira les pauvres ? »

Sous l’humour du texte et l’abattage des comédiens, qui déplacent dans un Moyen-Âge de pacotille les habitants des immeubles insalubres (des « habitations troglodytes dégradées »), relogés indéfiniment dans des « auberges aux confins du royaume », devant sillonner la ville en « chars collectifs » pour emmener leurs enfants à l’école, la terrible réalité perce. Il y a tout à parier qu’un spectateur non-marseillais, découvrant la pièce sans avoir suivi dans le détail cette période folle d’une fin de règne, croie à une fiction improbable. Pourtant, tout est parfaitement documenté, sourcé. Sur le plateau, une simple barrière Vauban, des cônes de chantier, des rubalises. Voilà le tas de gravas ensanglanté que le Maire de Marseille, au terme de 25 ans de pouvoir, a laissé en héritage à sa ville.

GAËLLE CLOAREC
Mai 2021

Maire Ubu, ou la complainte des délogés se joue du 21 au 23 mai au Théâtre des Chartreux, Marseille. Il sera repris les 16 & 17 juillet dans le cadre du festival 13 Off, puis les 25 & 26 septembre dans celui du Festival des quartiers marseillais.

Photo : Maire Ubu © Caroline Toussaint