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Vu par Zibeline

Retour sur Apparition, l'adaptation des Kindertotenlieder de Mahler par le Ballet National de Marseille

Mahler ne danse pas

Retour sur Apparition, l'adaptation des Kindertotenlieder de Mahler par le Ballet National de Marseille - Zibeline

Le Ballet National de Marseille a présenté à l’Opéra de Marseille un spectacle étrange et fascinant. Adaptant les Kindertotenlieder de Mahler, un chant révolutionnaire de Eisler composé pour Brecht et une mélodie de Janacek, Franck Krawczyk a recomposé une musique étrange, portée par la Maîtrise des Bouches-du-Rhône (direction Samuel Coquard) avec beaucoup de talent. Non seulement les voix ont cette clarté particulière de l’enfance, cette pureté sans vibrato qui rend si délicates les parties chorales, mais ils chantent en solo avec ampleur et justesse, et incarnent sur scène une bande d’enfants nocturnes qui désirent et redoutent le loup qui rode…

Le film de Ruben Van Leer projeté sur un tulle en avant-scène fait naître, par transparence, quelques effets sublimes, et la musique transpose très justement les effets orchestraux de masse de Mahler dans les tutti crescendos des enfants, à plusieurs voix, tandis que la rugosité d’Eisler est chantée à l’unisson…

Pourtant, si cette Apparition est musicalement et plastiquement fascinante, on regrette que la partition soit assumée par un piano seul dans ce lieu : pourquoi Julien Lestel (lire notre article Musique et danse au diapason) bénéficie-t-il de l’orchestre, et non le Ballet National ? Mais surtout, on déplore que la chorégraphie d’Emio Greco et Pieter C. Scholten y soit portée par si peu de danseurs. Sur une bande mixant des paroles murmurées de chansons populaires sur l’enfance, les rares passages où la danse se déploie apparaissent comme des additions à un spectacle musical, ce qui est étrange pour une création du second ballet de France. Que font les danseurs pendant ce temps ? D’autant que les pièces en tournée, comme Tetris, Two ou Rocco, n’occupent que 3 ou 4 d’entre eux.

Heureusement, on verra les 24 danseurs du BNM dans le Boléro lors du BNMFEST. Et à la Criée, pour la création du second volet des Kindertotenlieder. Car rien n’est plus triste qu’un ballet qui ne danse pas…

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2017

Apparition d’Emio Greco, Pieter C. Scholten et Franck Krawczyk a été créé à l’Opéra de Marseille les 2 et 3 décembre

Photo : Kindertotenlieder © Alwin Poiana


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