Un dernier concert au parc de Florans : Adam Laloum le poète du piano

Magie finaleVu par Zibeline

Un dernier concert au parc de Florans : Adam Laloum le poète du piano - Zibeline

Le directeur artistique du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron, René Martin, pouvait se féliciter de la réussite de l’édition 2021. Alors que les circonstances restent bien particulières et ont rendu cette quarantième année plus complexe à organiser que la précédente, qui pourtant avait subi de plein fouet les effets de la crise sanitaire. Quarante-neuf récitals, sept concerts avec orchestre, vingt-quatre concerts de musique de chambre et trois journées consacrées à la musique contemporaine le tout grâce à deux-cent-cinquante-huit artistes invités dont quatre-vingt-sept pianistes, des ensembles en résidence, quarante-quatre-mille entrées, bref, des chiffres dont l’éloquence se passe de commentaires ! À cela ajoutons la venue de lycéens qui ont rencontré des acteurs du festival (René Martin, Denijs de Winter, le fantastique accordeur du festival) et des artistes, la campagne de financement participatif pour soutenir les actions en direction du jeune public et des jeunes talents, la présence efficace d’une armada de bénévoles passionnés, bref en vingt-sept jours, La Roque d’Anthéron a été la première ville musicale de la région !

Bulle poétique

Familier des clôtures de La Roque, le subtil pianiste Adam Laloum offrait un programme qui permettait d’entendre toute la palette de l’artiste, d’emphase jamais, de rodomontade aucune, mais une virtuosité au service de la partition, ainsi dans les Sept fantaisies opus 116 de Brahms où semblait ce soir-là s’être condensée toute la complexité de l’âme humaine. Les premières notes du Capriccio initial nous faisaient entrer dans une bulle poétique dont on ne sortirait pas, happés par le jeu de l’interprète, prêts à le suivre partout, dans l’énergie brillante de ces premiers instants que rappellerait en écho le Capriccio final (n°7) par sa virtuose vivacité, dans les replis sur soi telle la contemplation intériorisée du premier Intermezzo (n° 2), les retenues et les revirements, l’épure (Intermezzo 4) où la conjugaison des cigales, des oiseaux et du piano résonnaient en accord parfait, les symétries inversées de la progression en miroir de l’Intermezzo n° 5 et ses larges respirations, l’ombre grave propice à l’éclosion de la lumière du n° 6, ou l’écriture fascinante du Capriccio n°3. Le caractère improvisé de la fantaisie servait de cadre à l’expression d’une subjectivité à fleur de peau, portée par les fulgurances d’une pensée mouvante dont on épouse chaque mouvement. Somptueux, le piano abordait ensuite les Trois Intermezzi opus 117 de Brahms, taillés dans la même étoffe poétique, mais plus méditative dans son évidente simplicité. La mélodie sur laquelle s’ourlent d’élégantes digressions devient une voix qui s’émeut et console. Les notes pianissimi qui succèdent à de vertigineux élans se fondent dans les souffles du vent qui se lève. Un puissant lyrisme anime ces pages dont les moindres facettes sont sculptées dans l’or vivant de la pâte musicale. La qualité du silence qui suit le dernier accord souligne l’émotion partagée.

La Sonate n° 23 en si bémol majeur D960 de Schubert parcourt en quatre mouvements l’orbe de l’univers schubertien où fièvre et sérénité se mêlent. Parfois la main droite suit une ligne mélodique simple tandis qu’à la main gauche s’épanouissent couleurs et frémissements. Ailleurs une forme d’insouciance se paillette d’espièglerie, le désespoir se pare de diffractions lumineuses… diamant pur… Le public conquis rappelle cet immense artiste qui consent avec générosité à deux bis sublimes : l’Intermezzo opus 118 n°2 et l’Andante de la Sonate pour piano en fa mineur opus 5 de Brahms. Bonheurs !!!

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Concert donné le 18 août dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron

Photographie © Valentine Chauvin