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Pour Tobie Nathan, la passion amoureuse est toujours le résultat des pratiques d’un autre

Magie et sortilèges amoureux avec Tobie Nathan

Pour Tobie Nathan, la passion amoureuse est toujours le résultat des pratiques d’un autre - Zibeline

Le 22 février, le Mucem accueillait à Marseille l’ethnopsychiatre Tobie Nathan, le temps d’une conférence menée par Hannah Attar, Diane Remy et Arthur Larie, étudiants de Sciences Po Aix. Cette rencontre prenait place dans le cadre du cycle de conférence « En quête d’amour » du musée et de la programmation MP2018 Quel amour !. L’invité du jour, s’il a pu dérouler une pensée peu courante, n’a jamais réellement su trouver sa place entre un public venu nombreux et ses interviewers d’un soir. Résumé d’une soirée où aucun sortilège n’aurait pu détendre une ambiance trop vite tendue.

« C’est une question à la noix ! » Tobie Nathan n’a pas apprécié les premières questions qui lui furent posées et l’a bien fait comprendre. Et pourtant, comment les poser différemment, tant sa pensée est atypique ? Sa réflexion centrale s’articule autour de la remise en cause de la spontanéité des sentiments, postulat sur lequel sont fondés pléthore de nos mythes modernes. L’ethnopsychiatre l’affirme : « la passion amoureuse qu’éprouve l’un est le résultat des pratiques de l’autre ». Ainsi, le couple se forme toujours dans la manipulation, mais pas seulement. La douleur aussi est au rendez-vous. La relation entre l’amant et l’être aimé est peu ou prou analogue à celle d’un chasseur avec sa proie. Séduire l’autre, déclencher l’amour, c’est faire souffrir sa prise, qui ne sera alors soulagée qu’en se rapprochant de son prédateur, comme si cela avait toujours été sa place. « C’est clair ? ». Jamais l’ethnopsychiatre, au moment de conclure ses réponses, n’aura su éviter de rappeler qu’il était avant tout un professeur. Quel dommage pour qui s’attendait à une discussion.

L’amour sans concept
Si la logique de la théorie de Tobie Nathan paraît sans faille, quid du rêve, du hasard et du fantasme ? Et si le caractère fortuit d’une rencontre contribuait à renforcer des sentiments naissants ? Ne sommes-nous pas davantage séduits par celui dont nous avons l’impression qu’il est tombé du ciel, par l’étranger, plutôt que par le voisin du quotidien ? Point de mystère chez l’ethnopsychiatre, tout doit être expliqué, le destin est de trop. Si la rationalité du professeur impressionne, elle déprime également. Nous voulons croire au mythe démystifié car il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Tobie Nathan a raison, la passion amoureuse est toujours le résultat des pratiques d’un autre. Mais nous, nous préférons y rester aveugles.

Faustine Mazereeuw, Anya Mezzaour, Jules Chaffanjon
Etudiants à Sciences Po Aix
Mars 2018

Photo : © Tobie Nathan


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