Bilan de Cirque en capitales

Magie et acrobatiesVu par Zibeline

Bilan de Cirque en capitales - Zibeline

Cirque en capitales s’est achevé, remplissant sur tout le territoire les chapiteaux et les théâtres, avec un nombre important de créations régionales…

Le Creac, Pôle national des Arts du Cirque, a pris le relais de Janvier dans les Étoiles pour proposer des spectacles en création, mettant tous le corps en jeu dans des exercices de virtuosité acrobatiques. Le non-cirque de la cie Anomalie n’a pas réussi à mettre en œuvre ses propres propositions (Les larmes de Bristlecone), détournant les règles du cirque et de la conférence sans en proposer de nouvelles, sinon l’ennui. En revanche le très beau duo de la Cie Morosof a coupé le souffle des spectateurs en inventant sur un seul agrès une longue danse sensuelle, faite de contacts, de plongeons tête première et de variations infinies sur un porteur et sa voltigeuse, suivis en direct par un musicien à la console inspirée (2 et ½). Le trio Ronde qui lui succédait a confirmé le talent de la cie Rouge Eléa, capable d’allier une vraie théâtralité, faite de relations entre personnages, et une virtuosité jamais démonstrative, sur des agrès inventifs et toujours cruels.

La création de Guy Carrara avec la cie israélienne On Orit nevo est plus complexe encore : les performances physiques des acrobates danseurs, impressionnantes, ne sont jamais intégrées a des numéros mais mises constamment au service d’un propos sur la migration. À partir de l’évocation des exodes historiques vers Israël, le propos s’ouvre sur la difficulté de passer les frontières, la souffrance des sans toits et des ballottés de l’histoire, projetant des images d’archives, des murs qui se dressent entre les peuples, en particulier celui de Gaza. Un propos politique sans ambiguïté pour ce spectacle coproduit pourtant par l’État d’Israël, mais qui réunit toutes les souffrances et se place très volontairement du côté de tous les opprimés (Somewhere and nowhere).

La programmation de magie s’est poursuivie également, après les très belles réussites à Arles et celles d’Etienne Saglio, par des occupations dans Marseille programmées par le théâtre du Merlan. Les Brigades magiques ont attiré les passants dans des démonstrations de close up épatantes, les petits tours à la Chambre de commerce ont ravi les enfants et permis une approche au plus près des numéros de dissimulations, surgissements, escamotages (La grosse collection d’Éric Burbail). Si on a retrouvé avec étonnement les pouvoirs de mentaliste de Thierry Collet, ceux de Bébel à La Criée (Belkhéïr) se sont dilués dans une histoire pas très bien ficelée, autour d’un rêve qui projetait le manipulateur dans un jeu de cartes… La virtuosité de cet homme seul, assis, fait frissonner lorsqu’il joue de ses grandes mains pour exécuter des tours incompréhensibles, mais en conteur il est moins convaincant…

Reste que cette pléthore de spectacle de cirques, puisqu’il faut sans aucun doute aujourd’hui l’écrire au pluriel, a dressé un panorama très divers de tout ce qui est issu aujourd’hui de cet univers, et fabrique des arts nouveaux, en mouvement, qui contaminent la danse et le théâtre autant qu’ils s’en inspirent…

AGNES FRESCHEL
Mars 2013

Ces spectacles ont été joués à Marseille du 15 au 24 février.