Vu par ZibelinePelléas et Mélisande, mis en scène avec une frappante efficacité par Katie Mitchell : jusqu'au 16 juillet au GTP

Madame rêve !

Pelléas et Mélisande, mis en scène avec une frappante efficacité par Katie Mitchell : jusqu'au 16 juillet au GTP - Zibeline

C’est lorsque le rideau tombe, à l’issue de la représentation aixoise de Pelléas et Mélisande au Grand Théâtre de Provence, qu’on possède véritablement la clef du spectacle. L’héroïne a juste rêvé tout ce qu’elle vient de vivre : une aventure d’amours et de désirs proposée à notre regard par Katie Mitchell. Un procédé de mise en scène qui peut sembler naïf… mais qui s’avère en l’occurrence d’une frappante efficacité, délivrant « de la logique du monde réel » ce que tissent dans les mots et les sons Maeterlinck et Debussy à l’orée du XXe siècle : un univers qu’on étiquette volontiers sous l’appellation « symbolisme »,  mâtiné de mystère « vague et soluble dans l’air…».

« Madame rêve… d’un amour qui la flingue » chantait Alain Bashung… Mélisande rêve… et convoque du coup ses fantasmes. Alors la scène rend explicite ce qui demeurait indécis, suggéré et naturellement sous-entendu dans les dialogues en musique… dans sa dimension érotique en particulier. Les fameux tableaux de la tour et de la chevelure tombante, de l’espionnage d’Yniold ou des adieux du « dernier soir » se muent naturellement en scènes d’amour physique d’une grande sensualité. Les jeux de boîtes décors (Lizzie Clachan), superbes effets visuels, nous entraînent dans l’horizontalité et la verticalité, de chambres en salon, terrasse, escalier en colimaçon, sous-sol, bassin désaffecté, gagnés par la végétation… des jeux de portes, de dérobades et « d’effeuillages », alors que la présence fantomatiques d’un double de l’héroïne brise aussi la forme convenue du triangle amoureux… Cela fait sens, tout en conservant un mystère essentiel.

Une production qui fait déjà date dans l’histoire de la représentation du chef-d’œuvre, d’autant que le plateau vocal est sans tache, idéalement distribué avec le trio Barbara Hannigan (Mélisande), Stéphane Degout (Pelléas) et Laurent Naouri (Golaud), secondé par Franz-Josef Selig (Arkel), Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), Chloé Briot (Yniold) et Thomas Dear (le médecin), tous portés par la présence magnétique d’Esa-Pekka Salonen à la tête du Philharmonia Orchestra.

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2016

Pelléas et Mélisande a été donné les 2, 4, 7, 13 et 16 juillet au Grand Théâtre de Provence, Aix, dans le cadre du Festival d’Aix

Photo : Pelléas et Mélisande -c- Patrick Berger ArtComArt

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