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Vu par Zibeline

Orage, meurtres, Macbettu/ Macbeth au Printemps des Comédiens

Macbettu le magnifique

Orage, meurtres, Macbettu/ Macbeth au Printemps des Comédiens - Zibeline

On s’en souvient, la pièce commence dans un orage. Pas d’éclairs ce soir sur la scène, mais une brume inquiétante, et un bruit assourdissant de tôle qui vibre, qui cogne dans le vent furieux. Lumière diffuse. Poussière qui monte du plateau nu. Le Macbettu d’Alessandro Serra, première en France au Printemps des Comédiens, claque comme un tableau sonore. Vue et ouïe y sont nourries dans un rythme qui envoute dès les premières secondes de la pièce adaptée du Macbeth de Shakespeare, délivrée par huit comédiens charismatiques dans une langue aux consonances mi familières mi étranges, le Sarde. Les trois sorcières annonciatrices de prophéties sont des hommes à fichus, terribles et farceuses, marmonnant, maniant le balai dans une chorégraphie qui les fait se déplacer comme des pions sur l’échiquier royal. Les servantes sont des hommes. Lady Macbeth est un homme, le plus grand de tous, immense, cheveux longs, barbe noire de jais, silhouette hiératique, et de sa voix douce et terriblement persuasive, elle convainc sans mal son mari Macbettu d’assassiner le roi pour prendre sa place. Le soir fatidique, Alessandro Serra fait se muer les gardes du souverain Ducan en cochons affamés tournant autour d’une auge, bousculés par le couple régicide. Magnifique et terrible scène, où les valeurs basculent définitivement : qui sont les porcs, qui sont les soumis, où se situe la réalité, qui tire les fils ? « La chose mal commencée se consolide par le mal. » Alors Macbettu doit continuer d’éliminer ceux qui pourraient comprendre, d’assassiner les proches pour se venger d’un qui a fui, pour se libérer des prédictions, ou s’y conformer aveuglément. Tuer pour oublier le premier meurtre, terroriser pour glaner un compliment de Lady Macbeth. Les sorcières narguent et menacent, les balais virevoltent, on rit de retrouver par intermittence ces petites bonnes femmes, charmantes, un peu effrayantes, un peu magiciennes, et tellement plus saines que le ballet des puissants.

Alessandro Serra excelle à installer peu à peu la paranoïa de Macbettu. Tout en suggestions, les visions surviennent. Les voix sont de toujours plus entêtantes, les bruits sonnent comme des menaces, les galettes du banquet craquent sous les pieds comme des os. « Un, deux, trois, Soleil ! » La formule résonne comme une litanie spectrale. L’assassin compte et recompte, il scrute les ombres qui fatalement le rattraperont. Les masques, au lieu de tomber, confirmeront la fin du drame.

ANNA ZISMAN
Juin 2018

Macbettu a été joué au Printemps des Comédiens (Montpellier) les 11 et 12 juin. En tournée dans le sud-est pour la saison 18/19.

Photographie : Macbettu © Alessandro Serra