Serket and the cicadas, entre esprit classique et novateur

Lyrisme jazziqueVu par Zibeline

Serket and the cicadas, entre esprit classique et novateur - Zibeline

Réunie en quatuor, la formation Serket & the cicadas proposait au 6mic un concert de sortie de résidence qui mêlait des pièces issues de son premier album Incantation, des reprises de standards et de nouvelles compositions, récits et tableautins ciselés où les parts de l’improvisation et de l’écriture ne sont jamais vraiment séparées. Cathy Escoffier (piano, clavier, chœur & compositions), Julien Heurtel (batterie), Guilhaume Renard (basse) et Cécile Andrée (vocal) tissent, en croisant instrumentarium acoustique et des instruments électroniques, un univers à la fois classique et novateur avec une sonorité particulière qui le rend reconnaissable entre tous, même si les influences sont énoncées et nourrissent une part de l’inspiration du spectacle. Ainsi, de superbes reprises de Wayne Shorter et de Björk (bouleversant New world du tragique Dancer in the dark de Lars von Trier). Le rythme premier est dessiné par le souffle de la chanteuse qui scande l’incipit du concert (qui s’achèvera en écho sur une ultime respiration d’une délicate fragilité).

Les relations entre les êtres sont abordées tantôt avec humour : « elle voudrait qu’il parle plus. Il voudrait qu’elle sourie moins », tantôt avec gravité : We’re alike (nous sommes semblables, hommes/ femmes), nouvelle création du groupe (dont la parité est exemplaire dans le monde du jazz !). Chaque morceau est conçu comme une fresque sur laquelle se greffent les imaginaires. L’appel aux larmes dont le piano n’est pas sans évoquer celui de Brad Mehldau invite au rêve par ses emportements, ses thèmes réitérés, ses échos, la pulsation puissante de la batterie sur laquelle se déploient des pages oniriques. Les notes liquides du piano dans l’ouverture de Une âme rappellent un Debussy qui aurait des velléités « gerschwiniennes » : larges respirations, ondes sonores du clavier qui s’appuient sur les graves en miroir du surlignage ostinato des percussions, tandis que la voix de Cécile Andrée se glisse au milieu des instruments sans jamais s’imposer. On se laisse envoûter par Le temps conté avant une prenante Incantation et les accélérations tournoyantes d’une Volupté essentielle au monde.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2022

Le concert a été donné le 22 janvier au 6mic, Aix-en-Provence

Photographie : Serket and the cicadas © Fan