Lydia Lunch et sa poésie nihiliste à L’Embobineuse

Lydia la survivanteVu par Zibeline

Lydia Lunch et sa poésie nihiliste à L’Embobineuse - Zibeline

Dans le décor joyeusement déglingue de la salle alternative marseillaise, les valeurs sont renversées et on n’est pas choqué que la tête d’affiche du soir débute son concert à… 23h30 ! En première partie, les Grrzzz jouent à cent à l’heure un rock totalement régressif mais finalement assez jouissif. À sa manière Lydia Lunch, 60 ans au comptoir, est aussi régressive, en mode poésie nihiliste. Avec Brutal Measures, Lydia Lunch fait toujours du Lydia Lunch. Depuis le milieu des années 70, l’artiste, qui a collaboré avec des ténors de la scène indépendante (Sonic Youth, Nick Cave, Einsturzende Neubauten) exhorte le public de son spoken word. Elle expose dans sa poésie offensive, qui doit autant à Kathy Acker qu’à Jim Morrison, les turpitudes humaines : avidité, cruauté, violence. En dentelle noire et bottines à talons hauts, la poétesse sait de quoi elle parle : victime d’inceste dans son enfance, elle fait partie de ces rares survivantes du mouvement no wave new yorkais, pionnier du punk anglo-saxon. Lydia Lunch (repas) doit d’ailleurs son nom à Willy De Ville qui avait remarqué qu’elle volait la nourriture en backstage des concerts pour se nourrir. Ici elle sirote sa bouteille de vin blanc mais ne perd pas sa lucidité : « this planet is a fucking madness, welcome to my world » assène-t-elle avec autorité. Weasel Walter (à la batterie, pads et effets), vu par le passé avec le quatuor de free jazz cinglé Flying Luttenbachers, lui fournit un fond sonore rythmique qui décape les oreilles. La voix de pythie déjantée de Lydia, rauque et cassée, tient la distance sur 45 minutes de live. Le public du premier rang n’était pas né lorsqu’elle a commencé à performer mais paraît sensible à la radicalité de l’icône underground, désormais installée à Barcelone. Il boit son commentaire social, mâtiné de cabaret critique, qui touche au cœur des désespoirs actuels : « Ils nous appellent “sorcières” mais avant qu’ils n’inventent les dieux, nous étions simplement des femmes ». Lydia le dit elle-même : « Toutes mes chansons sont littéralement des autopsies ». Chirurgical.

HERVÉ LUCIEN
Mars 2018

Lydia Lunch s’est produite le 22 février à L’Embobineuse, Marseille.

Photographie : (L’embobineuse) © HL

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