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Vu par Zibeline

L’intime au rythme de l’histoire : Une ville à cœur ouvert

Lwow, Lvov, Lviv

L’intime au rythme de l’histoire : Une ville à cœur ouvert - Zibeline

Dans Une ville à cœur ouvert, Zanna Sloniowska fait battre l’intime au rythme de l’histoire contemporaine à travers quatre générations de femmes vivant sous le même toit à l’Ouest de l’actuelle Ukraine, dans une ville nommée Lwow, Lvov, puis Lviv, selon ses appartenances successivement polonaise, soviétique et ukrainienne. De la grand-mère à la petite-fille, quatre destins tout en force, passion et douleur incarnent la complexité d’une époque et la coexistence de plusieurs cultures. La fiction interroge de manière subtile les incidences d’un contexte sur les parcours individuels, ce qu’un personnage subit et ce qu’il choisit, les décisions qui libèrent ou entravent, de manière irréversible. Les hommes sont absents, les femmes de l’intelligentsia, artistes contrariées ou accomplies, dures et indépendantes. Mémé Stasia, arrivée de Leningrad en 1944, telle une ombre errante parée d’une robe de chambre, hurle à la mort son amour perdu. Aba a la nostalgie d’une Pologne qu’elle n’a jamais connue et des regrets de vie nichés au creux de sa polyarthrite rhumatoïde. Marianna, cantatrice, mère froide et insaisissable, choisit entre l’art et la lutte : ce sera la lutte pour l’indépendance, pour une Ukraine libre, mais au prix de sa vie. Une balle et voici qu’un linceul bleu et jaune aux couleurs du futur État enveloppe Marianna la mezzo-soprano, la résistante. C’est autour de la date de sa mort, 1988, que le roman commence et qu’il s’articule, avec un jeu d’allers et de retours entre présent et passé solidement emboîtés comme des poupées russes, et par le prisme du regard de sa fille qui cherche à comprendre, qui interroge le destin de ses trois aïeules, sonde l’art et l’architecture de la ville, découvre l’amour et le désir. Ce texte, rattrapé par l’actualité de ses dernières années, saisit par son inclination à évoquer une ville, des vies dans leur réalité brute tout en flirtant avec la poésie et l’onirisme. Sa construction narrative et métaphorique prend des chemins de traverse. L’allégorie du Vitrail aux soixante douze couleurs de l’immeuble occupé par ces quatre femmes porte en lui la charge symbolique de la fiction, et compose le titre originel de l’œuvre (La Maison au Vitrail).

MARION CORDIER
Février 2018

Une ville à cœur ouvert a reçu le Conrad Award en 2016.

Une ville à cœur ouvert Zanna Sloniowska
Éditions Delcourt, 20 €