« Il faut dire », histoire d'amour sous haute tension, sur la scène du Domaine d’O

Lutte de classeVu par Zibeline

« Il faut dire », histoire d'amour sous haute tension, sur la scène du Domaine d’O - Zibeline

« Tu veux une clope ? » Christian s’entraine. Comment le dire ? Qu’il l’aime ? Tous les registres y passent. Enjôleur. Frimeur. Timide. Et puis elle arrive, il n’a pas le temps de parler. « Ce sera pour la prochaine fois, peut-être. » Gabrielle anime un cercle de poésie dans son salon pour ses élèves de lycée. Nous sommes en 1968, du côté de ceux qui cassent les codes de l’Éducation nationale. Le respect mutuel se place ailleurs que dans les costumes-cravates et les regards déférents. On s’exprime, on tutoie, on échange. Christian a 16 ans « mais il en parait 25 ». Gabrielle a 31 ans, « mais elle en parait 25 ». L’élève et la prof de Français sont amoureux. Et ils vont s’aimer, au vu et au su de tout le monde. Quelques mois de liberté. Un voyage en Italie, l’été 68, sera la lune de miel de Gabrielle Russier et Christian Rossi. Un an plus tard, l’enseignante se suicidera, acculée par l’acharnement judiciaire et les brimades du milieu universitaire qui la mettent au banc de la société.

Sabine Moulia et Jessica Ramassamy, dont c’est la première création au cœur du Collectif V.1 (Montpellier), s’emparent de l’histoire de cet amour sous haute tension avec une grande délicatesse. À travers les Lettres de prison de Gabrielle Russier, publiées au Seuil dès mars 1970, elles tissent une pièce limpide et sensible, où leur propre découverte de ce « fait-divers » survenu il y a plus de 50 ans est abordé avec une fraiche sincérité. Elles incarnent les deux protagonistes en se passant les rôles tout naturellement, quelques autres personnages, et se font les narratrices impliquées de ce moment d’histoire française. Sur le plateau, que les spectateurs (les élèves, le public des procès) investissent en s’asseyant au cœur du drame qui se joue, un petit bureau, des livres de textes classiques (Racine, Rimbaud,…) ; c’est tout. L’ensemble est parfaitement rythmé, et le tout se mue en une sorte de conte, d’une simplicité tragique et lumineuse.

ANNA ZISMAN
Octobre 2021

Il faut dire a été joué au Domaine d’O du 11 au 13 octobre à Montpellier

Photo : Il faut dire © Denise Olivier Fierro

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr