Une jeunesse à entendre

L’urgence de dire

• 5 décembre 2017 •
Une jeunesse à entendre - Zibeline

Les spectacles de Michel Schweizer sont toujours des rendez-vous assez exceptionnels, des jalons posés au fil de rencontres inclassables qui font de la scène d’un théâtre un espace de réflexions, d’expérimentations artistiques hors cadre.
Depuis Fauves en 2010, et plus récemment Keep Calm (2015), Michel Schweizer ouvre les plateaux de théâtre à la parole d’ados et de pré-ados, une « communauté » qui porte sur le monde d’aujourd’hui, et celui des adultes en particulier, son regard, ses questionnements, ses inquiétudes et sa fraîcheur.
Des ateliers préparatoires ont permis à la dizaine d’enfants jouant Cheptel de verbaliser ses attentes, de se positionner sur la forme et sur le fond, et notamment de répondre aux questions primordiales : « comment s’adresser aux adultes », « comment faire le choix de ce qu’on va dire », « comment le dire ». Les textes sont les leurs, très écrits mais avec une grande place laissée à l’improvisation, loin d’un langage balisé, normalisé, qui n’utiliserait pas leurs mots.
De fait, sur scène, les corps libèrent une belle énergie, chantent et dansent comme ils le feraient dans une chambre d’ado, avant que n’apparaissent les premières prises à partie, les premières paroles directement adressées aux adultes. Des réflexions, plus que des questions, qui vont de la transmission du savoir, de l’état de la planète, de l’amour, à la difficulté d’évoluer à l’époque des réseaux sociaux, du fossé inévitable qu’ils creusent. C’est à la fois spontané et réfléchi, violent parfois quand le constat porte sur l’incapacité des adultes à vivre une vie choisie, loin des diktats sociaux, ou à s’accepter tels quels. Aucune agressivité, la parole est portée par des regards clairs, facétieux parfois, qui font souvent mouche. L’interaction étant de fait inexistante il n’y aura pas de discussions entre les « parties ». Mais une prise de conscience que cette jeunesse là n’est pas simplement insouciante, que cet entre-deux-mondes où elle évolue exige audace et constance ; il faut l’entendre.
DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2017

Cheptel a été donné le 5 décembre au Théâtre d’Arles, et les 7 et 8 décembre à la scène nationale du Merlan, Marseille

Photo : Cheptel © Frédéric Desmesure


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