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Récital flamboyant de Seong-Jin Cho à La Roque d’Anthéron

Lumineuse poésie

Récital flamboyant de Seong-Jin Cho à La Roque d’Anthéron - Zibeline

Il nous avait éblouis l’an passé dans ce même cadre du parc du château de Florans, par un programme consacré à Chopin. Premier prix 2015 du Concours international de piano Frédéric Chopin, Seong-Jin Cho apportait sa jeunesse (il est né en 1994), sa technique irréprochable et son approche intelligente, sensible et passionnée.

Ne s’enfermant pas dans l’interprétation d’un seul compositeur, il proposait pour l’édition 2018 du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron, des œuvres de Debussy, Schumann, Chopin. La Phantasiestücke opus 12 de Schumann, ce cycle de huit pièces inspirées de l’œuvre d’Hoffmann, « à la manière de Callot », le célèbre auteur d’eaux fortes, devient un condensé où le souffle du fantastique, ample, se nourrit d’un romantisme qui puise ses sources dans le Sturm und Drang (« Tempête et Passion »). Empâtement large, puissance expressive, un résumé d’âme…

Répartis en deux temps, autour de cette pièce majeure, les deux cycles de trois pièces pour piano chacun, Images, de Claude Debussy offraient leur subtile beauté, peuplée de résonances, d’accords tenus, brossant des tableaux de maître en une palette polychrome et vaporeuse. Rêverie de Mouvement, équilibre en échos de Cloches, ruissellement de Reflets, mélancolie, demi-teinte, tendresse, sensualité, élégance du jeu, autorisent les pensées à s’évader, échapper au temps, donner libre cours à la subjectivité de leur imagination. À l’instar du compositeur dont l’éditeur, Durand, disait « lorsque Debussy joue, on oublie que le piano a des marteaux », Seong-Jin Cho semble affranchir l’instrument de sa matière, pour juste laisser place à sa voix. La respiration mystérieuse de l’œuvre est soutenue par une verve dynamique éblouissante. La troisième Sonate en si mineur opus 58 que Frédéric Chopin composa lors de son séjour à Nohant avec George Sand, venait clore le concert. D’emblée, le pianiste nous entraîne dans l’univers toujours changeant où l’émotion lyrique et intime trouve ses plus belles expressions. En une esthétique des contrastes, l’on passe de la légèreté à la profondeur, de la douceur à l’emportement, de la gravité sombre à la clarté. La musique se fait matière que l’artiste sculpte. Oubliée la technique démoniaque nécessaire à l’exécution de la partition, subsistent le chant, sensible, la profusion de l’Allegro, la vivacité espiègle du Scherzo, le charme du Largo, le brillant du Finale. Climat changeant d’émotions que le pianiste aborde avec un naturel confondant, rend évidents chaque mouvement, chaque retournement, chaque brisure, chaque élan. Généreux, il offre à un public debout, le Clair de lune de Debussy puis le Scherzo n°2 de Chopin.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 2 août au Parc du château de Florans, dans le cadre du Festival international de La Roque d’Anthéron.

Photographies : Seong-Jin Cho © Christophe GREMIOT