Concert d’anthologie au GTP avec Gautier Capuçon et Yuja Wang

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Rencontre entre deux géants, le concert réunissant le violoncelliste Gautier Capuçon et la pianiste Yuja Wang au GTP fait date. Rarement une foule aussi dense s’est massée devant le théâtre, ni aussi impatiente et fébrile, la file d’attente pour accéder aux places convoitées. Ouvrait le concert la fameuse Sonate pour violon et piano en la majeur FWV 8 de César Franck, adaptée au violoncelle une octave et demie plus grave, qui, dit-on, devint la « Sonate de Vinteuil » de Marcel Proust. Sans doute sa forme cyclique peut faire écho à la « petite phrase » qui « a ouvert plus largement l’âme » de Swan, éveillant en lui « un charme inconnu », y amalgamant « son essence mystérieuse »… Le violoncelle ici est sculpté au ciseau, le son travaillé dans l’épaisseur de sa matière, et trouve de nouvelles profondeurs dans son dialogue avec le piano. La rêverie se charge d’élans emportés, lignes mélodique et harmonique trouvent leur accord. Technique, difficultés acrobatiques de l’œuvre ? qui pourrait le penser ? Tout n’est que phrasés, retournements, conversation élégante où chacun écoute l’autre, puis, tour à tour, développe une idée, une émotion…

Deux œuvres de Frédéric Chopin suivaient, l’une composée avant l’exil de Pologne du prince du piano, Introduction et Polonaise brillante, op.3, dont la vivacité juvénile des traits semble vouloir déjà condenser l’art du virtuose, la seconde, ultime partition publiée de son vivant par le compositeur, la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, op.65 (1846) offre sa lecture lyrique du monde. La maestria ne réside plus seulement dans la capacité à arpenter clavier et cordes en accumulant arpèges et gammes véloces, mais sait distiller les multiples nuances des passions, joue avec le désespoir, dessine un éclair espiègle, danse, ondoie, bouscule, bouleverse, éblouit… Dans la même pâte sublime se lovaient les deux rappels, Le Grand Tango de Piazzolla, spirituel et séduisant, et le Cygne de Saint-Saëns, avec ses notes pailletées d’étoiles.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2020

Concert donné le 11 janvier au GTP, Aix-en-Provence

Photographie : Yuja Wang et Gautier Capuçon © Martin Argyroglo

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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