Craig Johnson était à une rencontre dans le cadre des Itinérances littéraires

L’Ouest, le vraiVu par Zibeline

Craig Johnson était à une rencontre dans le cadre des Itinérances littéraires - Zibeline

Stetson vissé sur la tête et bottes aux pieds, Craig Johnson semble à peine avoir quitté son ranch. Ses chevaux, auxquels il dit soumettre chaque matin des passages de ses livres, ne semblent pas encore trop lui manquer. Ni le Wyoming. L’état le moins peuplé des E. U. ; cerné par les sommets des Rocheuses ; où l’on croise « plus d’antilopes que d’humains ». Un état où la nature est maîtresse, où le mot « Ouest » a encore un sens. C’est là, dans une commune de vingt-cinq habitants (moins de monde qu’à L’attrape-mots ce soir-là !), qu’il a fait naître en 2005 le shérif Walt Longmire. Un homme qui lui ressemble : grand, costaud, ami avec les Indiens Crows et Cheyennes du Nord, doté d’un solide sens de l’humour. Agnès Gateff ne lui a pas demandé si Longmire c’était lui. Il paraît que tout le monde lui pose cette question. Quand on le rencontre et qu’on a lu ses livres, cela ne fait plus aucun doute. Le shérif un peu cabossé par la vie et amoureux de littérature (dans son dernier roman, il traverse un à un tous les cercles de l’Enfer, comme Dante, lire la chronique) tient beaucoup de son créateur. Tous deux ont la même humanité. Et on se plaît à écouter cet homme devenu écrivain sur le tard, après avoir longtemps baroudé, exercé les métiers les plus divers afin d’en « apprendre sur les gens » (« learning about people » en VO) .C’est pour lui l’essentiel. Dans ses romans, les lieux et les gens comptent finalement plus que l’intrigue elle-même. Et parmi les personnages importants, il y a les Indiens, dont Craig Johnson se déclare « jamais las d’étudier la société, la culture ». Une communauté qu’il connaît bien, dont les traditions peuplent ses polars. Ses amis crows et cheyennes ont inspiré pas mal de ses personnages, celui d’Henry Standing Bear, l’alter ego du shérif, par exemple. Pourtant pas question pour lui de donner de ce peuple une image idéalisée. De même qu’il s’attache à réfuter les stéréotypes négatifs attachés aux Indiens et largement relayés par le cinéma hollywoodien, il refuse de les mythifier. « Ce sont des gens, c’est cette dimension humaine qui m’intéresse. » L’humanité, toujours. Ce n’est pas pour rien qu’il met au premier rang des personnages littéraires qui l’ont marqué Athos, celui des mousquetaires de Dumas qui a un passé et une blessure, et le Jean Valjean des Misérables.
Pour sa tournée en France, il est accompagné de sa traductrice Sophie Aslanides. Beaucoup de complicité entre eux. Et des allers-retours constants pour s’assurer que la traduction soit la plus fidèle. Car il n’est pas facile de rendre certains jeux de mots ou traits d’humour. Difficile aussi de passer d’une culture à l’autre, tout en gardant l’essence et la saveur du texte original. Sophie Aslanides s’en tire brillamment ; c’est sans doute une des raisons du succès rencontré par les romans de Craig Johnson dans notre pays. Après avoir rendu hommage au travail de sa traductrice, Craig Johnson a conclu en faisant l’éloge des lecteurs : « Je mets en route la machine et votre imagination fait le reste. C’est cela, le miracle des livres. » Well done, Mr Johnson.
FRED ROBERT
Février 2015

Craig Johnson était invité à la librairie L’Attrape-mots (Marseille) le 14 février, dans le cadre des Itinérances littéraires organisées par l’association Libraires du Sud

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