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L’Oubli, adaptation du 1er roman de Frederika Amalia Finkelstein, créée au Théâtre Jean Vilar de Montpellier

L’Oubli, parfois c’est trop simple

L’Oubli, adaptation du 1er roman de Frederika Amalia Finkelstein, créée au Théâtre Jean Vilar de Montpellier - Zibeline

Les grands-parents de Julie Benegmos étaient ce qu’elle ose appeler des « stars de la Shoah ». Grands témoins d’Auschwitz, ils ont inlassablement raconté l’expérience de la déportation. Dans les lycées, les collèges, dans le film Les survivants de Patrick Rotman, au mémorial de la Shoah… Que faire de cet héritage en 2018 ? L’Oubli, premier roman de Frederika Amalia Finkelstein (2014) raconte comment Alma se bat avec ces mêmes souvenirs imposés à la troisième génération. Elle se noie dans les sons de Daft Punk, les bulles de Coca et les écrans de jeux vidéo, elle fait son miel d’une rencontre fortuite avec la petite-fille d’Eichmann, elle supplie qu’on la laisse tranquille avec le passé, elle revient toujours à reformer des images de corps gazés au moment de s’endormir. Julie Benegmos s’est saisie de ce texte pour sa première mise en scène. Elle adapte et interprète ce monologue au style provocateur.

Lorsqu’on lui demande, avec un ton de celui qui connaît déjà la réponse, si son grand-père est mort à Auschwitz, Alma met un temps à répondre, elle a « détesté la question », puis : « Non. À Buchenwald ! ». La petite voix enfantine de la comédienne a du mal avec ce genre de réplique costaude/caustique, qui paraît trop énorme pour sortir de sa gorge avec la force qu’elle exige. L’odeur des corps calcinés ressemble-t-elle à celle dégagée par ses semelles de chaussures ? Même impression de décalage, envie de l’entendre dire autrement, besoin de voir bouger l’interprète avec plus de conviction, frustration de sentir un sujet qui échappe à l’ambition de la metteuse en scène. Quelques vidéos YouTube (des jeunes femmes qui racontent leur expérience « forte en émotions » de visite à Auschwitz, des jeunes habitants voisins du camp qui tentent d’expliquer face à des questions orientées que oui, ils arrivent à vivre là) émaillent le récit de réalités qui semblent piochées au hasard, juste là pour asséner que rien n’est simple avec la Shoah… Une parodie de jeu vidéo, créée pour le spectacle, nous entraine sur les pas de l’avatar d’Alma dans les différents niveaux de difficulté de Lost in Auschwitz, jusqu’au stade de la « Libération ». Tout est bien qui finit bien ?

ANNA ZISMAN
Février 2018

L’Oubli a été créé au Théâtre Jean Vilar de Montpellier, les 10 et 11 janvier.

Photographie : L’Oubli © Julie Benegmos


Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr