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Gaël Leveugle est Loretta, le personnage de Copi

Loretta, folle de l’espace

Gaël Leveugle est Loretta, le personnage de Copi - Zibeline

Dans un vaisseau spatial en perdition, Loretta téléphone. Elle prend des nouvelles de l’univers et commente ses aventures. Tout cela sent l’apocalypse ! Sa collègue Linda, elle aussi dans un satellite, lui annonce que la terre a été envahie par des Hommes-singes. Plus tard, on apprendra que la planète a carrément explosé.

Impossible de s’agripper à une quelconque logique dans ce récit du génial Copi. Il explose toutes les conventions.

Tout en signant la mise en scène, Gaël Leveugle interprète Loretta. Complètement nu au centre d’un cube matérialisé par des tubes métalliques, il est cette femme qui, au milieu de la catastrophe cosmique, a pour mission de repeupler l’univers en copulant avec les rats qui hantent son vaisseau spatial. La mort et le sexe s’entraînent mutuellement dans une danse macabre psychédélique. Le corps et la voix de Gaël Leveugle portent vaillamment ce texte complexe, déstructuré, où se mêlent poésie, humour, folie. Si ce n’était si convenu, on pourrait parler de performance.

La lumière est l’autre acteur de cette pièce. Le travail de Mathieu Ferry consiste à ne jamais laisser le spectateur en paix. Quand celui-ci se prend les pleins phares dans la gueule, il est projeté dans l’espace avec Loretta au cœur du chaos. Le corps gesticulant de Gaël Leveugle est accompagné de flashs lumineux qui rythment l’épopée. Mentionnons aussi la musique de Jean-Philippe Gross qui enveloppe la scène des bruits de l’insondable immensité de l’univers.

L’œuvre protéiforme de Copi ne cesse de bousculer encore aujourd’hui. En mettant en scène cette pièce en 2018, Gaël Leveugle continue la voie tracée par l’auteur argentin qui confiait : « Ce que j’aime c’est d’avoir le public en face, tu peux le fendre comme un bateau. » Ce bateau, ce sont les lumières jusqu’à l’aveuglement, les vibrations cosmiques de la musique et le monologue au langage si cru. Le spectateur ne peut se soustraire à la tragédie car, sans répit, il vit dans son corps cette épopée terrible.

Ce parti pris de mise en scène nous rappelle que, contrairement à l’époque où la pièce fut créée, parler en 2018 de la destruction de la terre n’est plus une allégorie mais une angoissante certitude.

CAROLINE GERARD
Avril 2017

Loretta strong a été donné au théâtre Artéphile, à Avignon, le 24 mars

Photo : Loretta Strong c Eric Didym


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