L'Elixir d'amour à l'Opéra de Marseille : du beau chant pour une mise en scène adroitement cadrée !

L’Opéra prend la pose !Vu par Zibeline

• 23 décembre 2014⇒4 janvier 2015 •
L'Elixir d'amour à l'Opéra de Marseille : du beau chant pour une mise en scène adroitement cadrée ! - Zibeline

La production du Capitole de Toulouse de L’Elisire d’amore, mise en scène par Arnaud Bernard, est une valeur sûre qui tourne sur les scènes lyriques depuis 2001. On y remonte, avec bonheur, et la complicité du décorateur William Orlandi, aux origines de la photographie et ses gros appareils de prise de vue d’il y a un bon siècle. L’espace scénique est explicitement une « chambre photographique » dans laquelle on plonge, au rythme de l’ouverture ou la fermeture de grands panneaux gris qui s’écartent et se resserrent comme le diaphragme d’un objectif. Tout y est cliché ! Les personnages s’y figent dans des poses en noir et blanc, sur des fonds paysagistes sépia, et des cadrages à profondeur de champ, photos de noces, moissons paysannes, intérieur de caserne militaire, et s’animent soudainement au tempo allègre de la musique de Gaetano Donizetti.
La foule villageoise, incarnée avec entrain par les Chœurs de l’Opéra de Marseille, s’émerveille au nouvelles techniques qui agrémentent la vie du 20ème siècle naissant : de la bicyclette qu’enfourche la coquette et délurée Adina (luxueuse incarnation de la diva Inva Mula), à l’automobile d’où surgit l’inénarrable charlatan Dulcamara (épatante basse bouffe Paolo Bordogna) vendeur d’élixir à tout faire. Ce dernier est le métronome de l’ouvrage, ordonnateur mué en magicien-clownesque comme tiré d’un court-métrage de Mélies. Il plongera, aux ultimes mesures, dans l’objectif photographique, une fenêtre géante ouverte sur le rêve, en « clin d’œil » parodique et  burlesque (d’un bel effet !) à la chute finale de Tosca .
La transposition temporelle de cet Elixir d’amour, chouchou du public depuis sa création en 1832, permet de filer allègrement des scènes de comédie ou de farce à des moments d’intime grâce : de la grande bouffonnerie (braderie de l’élixir, scènes d’ivresse…) au « serioso » des tourments amoureux que traversent tour à tour le naïf et attachant Nemorino ou la fière Adina.
Il faut venir Place Reyer, ne serait-ce que pour entendre le jeune Paolo Fanale dans « Una furtiva lagrima », fameux air, sommet de l’ouvrage, qu’il distille avec une tendresse mélancolique rare, doublée d’une technique subtile de chant, à déclencher des frissons… et des bravi à n’en plus finir ! Quel beau sourire on saisit sur le visage du ténor, après sa prestation lors de la première le 23 décembre, alors que la salle ne cesse de l’applaudir ! C’est un instant magique comme on n’en vit qu’à l’opéra !
Tout le plateau vocal, auquel on agrège le bellâtre barytonnant Belcore (Armando Noguera) ou la frétillante Giannetta (délicieuse soprano Jennifer Michel), l’Orchestre de l’Opéra de Marseille dans son jardin italien, est emmené par une baguette sûre et fine, très à l’écoute des voix : Roberto Rizzi Brignoli.
C’est du grand spectacle, pour tout public, qui fait passer à l’année 2015 dans un esprit de fête et de belcanto au goût soigné !
JACQUES FRESCHEL
Décembre 2014

Photo © Christian Dresse

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