Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Abstraction moderniste pour un archétype de l’opéra, Hérodiade

L’opéra-musée

  Abstraction moderniste pour un archétype de l’opéra, Hérodiade - Zibeline

 

De nos jours, la plupart du temps, on va à l’opéra comme on va au musée. Non pas dans les expositions d’art contemporain où s’affichent les œuvres d’aujourd’hui, mais dans des palais où sont accrochées, depuis des lustres, des toiles du passé ! Quitte à se rendre au musée, autant y rechercher des œuvres peu communes, des artistes sortant du gotha habituels des manuels d’histoire de l’art. À l’opéra-musée, peu à peu, les murs rétrécissent et l’on n’y expose souvent qu’une poignée d’ouvrages récurrents, appauvrissant à la longue la culture lyrique du public moyen. Exception marseillaise ? La direction artistique de l’Opéra municipal met à l’affiche régulièrement l’un des fers de lance de l’opéra français qu’on néglige injustement ailleurs : Jules Massenet. Et c’est avec plaisir qu’on est allé découvrir à la scène une nouvelle production marseillaise d’un de ses ouvrages peu représenté (la dernière fois à Marseille il y a 52 ans !) : Hérodiade. Très librement inspiré de la Bible, relue elle-même par Flaubert, son livret est un modèle du genre de l’opéra français : une action dramatique réduite à la portion congrue, mais favorisant la richesse psychologique des personnages, des scènes de foule, des airs et ensembles vocaux au lyrisme large et flamboyant, une pointe d’orientalisme, des ballets… Hérodiade, créé en 1881, est un archétype de ce « Grand Opéra » qui fit rayonner l’art français durant les premières décennies de la Troisième République. À Marseille, on n’a pas boudé son plaisir en plongeant dans ce passé-là, d’autant que le plateau vocal, essentiellement francophone, a magnifiquement servi l’ouvrage. Dans le sillage du baryton québécois Jean-François Lapointe, brillant et noble, Inva Mula et Béatrice Uria-Monzon, Florian Laconi et Nicolas Courjal ont été à la hauteur de l’enjeu : rendre au chant toute sa dimension lyrique, large et puissante, mais ne négligeant pas aussi une nécessaire intimité. Même pari réussi pour les chœurs, essentiels à l’ouvrage, comme de coutume magnifiquement préparés par Emmanuel Trenque ! Dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra, conduit pas le jeune chef Victorien Vanoosten, a trouvé un bel équilibre avec le plateau, quand la scénographie (mise en scène Jean-Louis Pichon), jouant sur une palette de coloris de bois (lances horizontales dressées en stores vénitiens, éléments de décors japonisants) et de sable (costumes unis signés Jérôme Bourdin), des projections en fond de scène, a évité, par son modernisme abstrait, l’écueil du traditionnel péplum.

JACQUES FRESCHEL
Avril 2018

Hérodiade a été donné les 23, 25, 28 et 30 mars à l’Opéra de Marseille

Photographie : Hérodiade2 © Christian DRESSE 2018


Opéra de Marseille
2 Rue Molière
13001 Marseille
04 91 55 11 10
http://opera.marseille.fr/